— Justement, c’est que nous sommes sur la bonne route.
— Ces choses de la mer sont prodigieuses, s’écria Hannibal, je ne les comprendrai jamais.
— Tout s’y fait à rebours, dit Hannon. Ce sont des mystères insondables. J’ai beau être de Sidon et me creuser la tête, je ne devine plus.
— C’est que tu n’as pas encore assez navigué, jeune homme, dit gravement Himilcon, et que tu ne connais pas le cours des astres.
— Vraiment, s’écria Hannon, si tu trouves que nous n’avons pas assez navigué, je ne suis pas de ton avis. La promenade me paraît assez longue comme cela.
— Enfin, conclut Chamaï, si Magon et Himilcon le disent, il faut les croire. Notre affaire à nous est de les écouter, la leur étant de connaître les choses de la mer et des astres. Voilà ce que je pense. »
Vingt fois déjà nous avions essayé de communiquer avec la terre. Mais nous avions trouvé ou une côte déserte ou des habitants noirs et horribles, dont les hurlements et l’attitude nous avaient fait comprendre qu’il n’y avait que des coups à recevoir. Une fois, en passant devant un cap élevé que j’appelai Chariot des Dieux, je vis, la nuit, des flammes étranges, et j’entendis des bruits effrayants qui nous épouvantèrent tous et nous dégoûtèrent de l’envie de débarquer. Pourtant les vivres commençaient à nous manquer.
« Mangerons-nous toujours des murènes salées ? disait le patient Bicri lui-même. Ne descendrons-nous jamais à terre pour tirer quelque pièce de venaison ?
— Aussi bien, les fruits commencent à manquer à Guébal, appuyait Jonas, et le grain à nous-mêmes.