« Mais, dis-je, après avoir médité longuement ce que venait de dire Himilcon, s’il en était ainsi, il faudrait que le soleil et les astres fussent immobiles, et que ce soit la terre elle-même qui tourne ?

— Ah ! s’écria le pilote, nous apprenons des choses étranges. Croyons plutôt à un prodige qu’à de pareilles absurdités.

— Enfin, dit Asdrubal, que devons-nous faire ?

— Écoutez, dis-je finalement, nous allons continuer à pousser au sud. Si la côte tourne franchement à ce qui me paraît être l’ouest, puisque tout est bouleversé ici, nous retournerons en arrière vers les Iles Fortunées. Mais si elle tourne à l’est, nous continuerons à la suivre et nous reviendrons vers le nord.

— Et nous aurons fait le tour de la Libye[*] ! s’écrièrent ensemble nos capitaines et nos pilotes. Nous arriverons indubitablement à la mer des Roseaux et à l’Égypte ! Allons, c’est décidé. »

Hannibal, Chamaï et les autres écoutaient nos raisonnements avec une anxiété d’autant plus grande qu’ils n’y comprenaient absolument rien.

« Eh bien, dit Hannibal haletant, quand nous eûmes fini, eh bien, qu’y a-t-il à présent ?

— Il y a que nous retournons en Égypte, lui répondis-je, par le chemin le plus court. »

Le capitaine me regarda d’un air hébété.

« Mais puisque nous nous éloignons du détroit de Gadès et de la Grande Mer ? me dit-il avec effort.