— Il est chargé de grains ! s’écria Hannibal, remontant joyeusement du fond de la cale. Victoire ! Nous aurons à manger !

— Il est rempli de vin ! s’écria Himilcon, qui montait derrière lui, portant une outre à la main. Honneur aux Cabires ! Nous aurons à boire ! »

Le soir même, je fis faire une oblation et des prières à Astarté, pour la remercier de cette rencontre inespérée et de sa protection manifeste. On transborda sur nos navires tout ce qu’on trouva de bon à prendre sur le gaoul, et sa coque vide et désemparée fut abandonnée à la merci des flots.

Le lendemain, comme nous arrivions en vue d’un cap sur lequel se trouve une montagne élevée et plate comme une table, une tempête épouvantable se déchaîna.

« Vive l’ouragan ! s’écria Jonas. Je n’ai plus peur de lui à présent. J’ai de l’or plein ma bourse, et nous avons à manger et à boire plein la cale, et j’aurai un habit d’écarlate ! Nargue la tempête et vive le roi ! »

Huit jours de coups de vent furieux nous poussèrent devant eux, sans que nous pussions nous gouverner. Le huitième, par une mer calme, je vis la terre à ma gauche. Je la rangeai et je me dirigeai le long de la côte, allant au nord. Il me semblait que le soleil remontait sur l’horizon.

Douze jours après, par une belle nuit, Himilcon vint à moi et me saisit le bras avec une animation extraordinaire.

« Regarde, me dit le pilote d’une voix sourde ; regarde là-bas, au nord : regarde les Cabires !

— Les Cabires ! m’écriai-je. Je les vois ! Nous avons fait ce qu’aucun homme n’a fait encore ! Nous avons tourné la Libye !

— Oui, s’écria Himilcon, et demain le soleil luira à notre droite. Nos proues sont en route vers la mer des Roseaux !