— Et vous vous laissez donner des coups de fouet par votre Binlikhous et votre Balazou ! ajouta Gisgon.

— Par le nom du roi ! vieux coquin sans oreilles, s’écria le Chaldéen furieux, je ne souffrirai pas que tu blasphèmes mes dieux, mon roi et mon général. Je briserai tous les os que tu as dans le corps !

— Essaye un peu ! cria le Celte d’une voix goguenarde. Échangeons quelques coups : sais-tu donner des coups de poing à la manière de Preudayn, des coups de tête à la manière d’Armor, des coups de bâton à la manière d’Aitzcoa, dis, ô homme ignorant qui n’as jamais quitté la terre ferme ?

— Connais-tu le fleuve Illiturgis, et les monts Pyrènes, et le cap Chariot des Dieux, et les Iles Fortunées où l’on donne de l’or pour des bouteilles vides ? s’écria Himilcon. Réponds, ô tête de bétail. Connais-tu les Sicules, les Garamantes, les Souomi, les Guermani et les Goti, tous peuples que nous avons vaincus ? Les connais-tu, bœuf chaldéen ? »

Le guerrier courba la tête, abasourdi par ce flot de noms inconnus. La conscience de son ignorance le rendit muet.

« Enfin, dit-il après quelques instants de silence, vous autres Sidoniens, vous allez si loin que vous voyez des choses extraordinaires. Moi, je suis Carduque, et je trouve que c’est déjà bien loin de mes montagnes à ce lieu où nous sommes. Je ne savais pas que la terre était si grande.

— Eh bien, moi, dit un autre, je connais le Tarsis, et j’ai vu un homme de ce pays.

— Tu as vu un homme de Tarsis, toi ? dit Himilcon surpris. Et où cela l’as-tu vu ?

— Au camp du roi, répondit l’autre. Je me suis entretenu avec ce capitaine phénicien, qui est récemment entré au service de notre roi, et je sais ce que c’est que Tarsis, et j’ai vu un homme de ce pays avec ce capitaine-là. »

Un frisson me courut par le corps. Je pensai aux galères et au gaoul qui venaient de passer devant nous.