« Salut, Magon ! me cria-t-il. Je te revois enfin ! Ici, nous ne sommes ni en Égypte, ni à Tarsis, ni dans le détroit de Gadès ! J’ai trois revanches à prendre, et je les prends d’un coup. Je te tiens ! Avant ce soir, tu seras pendu à ma vergue ! »

Il n’avait pas fini qu’il se rejeta en arrière d’un bond. Une flèche venait de le frapper.

« Touché ! cria la voix de Bicri par-dessus le bruit de la bataille.

— Manqué ! répondit la voix de Bodmilcar. Ma cuirasse est à l’épreuve du trait !

— Eh bien, m’écriai-je, voyons si elle est à l’épreuve du feu ! »

Au même instant, le Cabire se glissa entre le Melkarth et la galère de droite, et Himilcon avec Gisgon donnèrent un double coup de timon si habile qu’en voulant nous éviter, le gaoul alla se coller contre nos deux barques. L’incendie y éclatait justement. Un jet de flamme et de fumée monta par-dessus le bordage du Melkarth.

Je coupai ma remorque au milieu d’une grêle de flèches, dont une me blessa à la joue, et dont une autre traversa la cuisse de Gisgon. Mais le brave pilote continua de gouverner à genoux.

Le Cabire rasa le flanc opposé du Melkarth si vite qu’une masse de pierre qu’on nous jeta tomba dans notre sillage, s’engouffrant dans l’eau avec un bruit terrible.

« Bodmilcar ! criai-je du haut de ma poupe, te voilà brûlé comme la galère égyptienne à Tanis.