« Nous avons le courant pour nous, dis-je tout de suite. Commençons par des brûlots. »

Aussitôt nos matelots lancèrent les planches chargées de matières inflammables. La trompette de Jonas donna le signal, auquel répondirent nos autres navires. Des fanfares de défi répondirent du côté de Bodmilcar. Nous nous rapprochâmes rapidement à portée de trait. Une volée de flèches nous arriva, à laquelle nous répondîmes. La bataille était engagée.

Je connaissais bien le Melkarth, je l’avais construit. Sur ses robustes flancs, un coup d’éperon ne pouvait avoir d’effet, et dans une tentative d’abordage, haut comme il l’était, il pouvait impunément nous accabler de projectiles et effondrer notre pont, en laissant tomber sur nous de lourdes masses de pierres et de bronze. Son faible était qu’il était lourd à la manœuvre. En un instant mon parti fut pris.

« Tu tiens bien le chenal ? dis-je à Himilcon.

— Je le tiens, répondit le pilote. Avec son tirant d’eau, le Melkarth ne peut s’en écarter que d’une encablure à droite ou à gauche. J’ai passé dix fois sur la barre et je la connais.

— Bien, répondis-je. Qu’on remplisse nos deux barques de tout ce qui nous reste de matières inflammables. Qu’on signale au Cabire de me ranger. Je veux passer à son bord avec toi et le piloter moi-même. »

Un instant après, je fus à bord du Cabire avec Himilcon, après avoir donné mes instructions à Asdrubal et à Amilcar. Lesflèches pleuvaient comme grêle. Bodmilcar combattait sur place, en homme sûr de son affaire. Il nous barrait le passage et attendait le Balazou.

Amilcar me remplaça sur l’Astarté. Himilcon et Gisgon prirent les timons du Cabire et je me mis entre eux deux. Le Cabire pouvait se vanter d’être gouverné et timonné comme pas un autre navire au monde, j’ose le dire.

Je pris la remorque des deux barques, je fis allumer les matières incendiaires et je gouvernai droit sur le Melkarth.

A un demi-jet de flèche, Bodmilcar se dressa par-dessus le bord. Je le vis debout, menaçant.