Ils se jetèrent l’un sur l’autre, l’épée haute. Pour moi, entouré d’un flot d’ennemis, je le perdis de vue. Mais Himilcon, qui ne me quittait pas, poussa tout à coup un cri terrible.

« Ah ! coquin, scélérat, gueux très-vil, éborgneur infâme, je te retrouve enfin ! »

C’était son homme de Tarsis, son Ibère qu’il cherchait depuis quatorze ans, et qu’il venait de rencontrer. Il bondit sur lui avec une telle violence qu’il le renversa du choc. Tous deux roulèrent sur le pont, cherchant à se maintenir l’un l’autre.

« Tiens-le bien, Himilcon ! s’écria Bicri qui passait par là, l’épée ensanglantée à la main ; tiens-le bien !

— Le gueux me mord le bras, s’écria le pilote. Tire-moi de dessous ! »

En ce moment le bras d’Himilcon passa au-dessus du dos de l’homme de Tarsis. Bicri lui glissa lestement son couteau dans la main. Le pilote le planta dans les reins de son adversaire, qui fit un soubresaut en râlant.

« Merci, dit Himilcon en se relevant couvert de sang, mais radieux. Je suis vengé. Toi, chien, crève ! »

Jonas, armé de sa hache, faisait des prodiges. Aminoclès le secondait en brave homme. Hannibal et Chamaï, leur armure toute faussée, finirent par jeter par-dessus bord tout ce qui était à l’avant. Amilcar fut tué. Asdrubal, quoique blessé, réussit à déblayer le timon ; je le rejoignis, et faisant manœuvrer au milieu de la bataille, nous réussîmes à dégager l’Adonibal de l’incendie qui menaçait de le gagner. L’autre galère, toute vide, s’en allait à la dérive. Les quelques hommes qui étaient restés sur l’Astarté et le Cabire les maintenaient sous vent à nous.

« A moi tout le monde ! » m’écriai-je.