Comme je disais ces mots, Hannon, couvert de sang, son épée brisée dans la main, se dressa devant moi.
« Il m’échappe ! s’écria-t-il. Le flot des combattants nous a séparés !
— Nous le tenons, au contraire, répondis-je. Il est à nous ! »
Sur mon signal, nous leur abandonnâmes l’avant du navire, où grouillait leur foule pressée, et maîtres de l’arrière, maîtres de gouverner, nous laissâmes porter sur l’Astarté et sur le Cabire.
« Tout le monde à notre bord ! » m’écriai-je.
Hannibal et Chamaï, à la tête de leurs hommes, formés en rang serré, barrèrent le passage aux gens de Bodmilcar et nous permirent d’évacuer le navire. Puis, leur tour, ils se jetèrent qui sur le Cabire, qui sur l’Astarté, suivis du flot de nos ennemis dont quelques-uns passèrent sur notre pont avec nous. Mais ils furent tués tout de suite.
Cette fois Bodmilcar était pris, et bien pris. Embarrassé sur l’Adonibal, incapable de manœuvrer au milieu des débris du combat et des rames en pantenne, il était livré sans défense à nos machines et à nos flèches. Le Melkarth n’était plus qu’un brasier. L’une des galères était coulée, et l’autre, entraînée à la dérive, avait disparu.
Pendant une demi-heure, je l’accablai de projectiles, malgré sa défense désespérée. Puis je me jetai de nouveau à l’abordage par son arrière. Bodmilcar, le visage en sang, nous attendait à l’avant, à la tête d’une trentaine d’hommes qui restaient debout.
« Faut-il l’abattre ? dit Bicri en encochant sa flèche.