C’est ainsi que se termina mon long voyage. Le roi me fit pré- sent des trois bateaux qui avaient servi ma navigation, et le peuple de Sidon me nomma suffète amiral. Je gardai avec moi Himilcon, Gisgon, Asdrubal et Hannibal qui fut chef de mes hommes d’armes.
Ai-je besoin de raconter comment je fis flotter le bois de cèdre et amenai les matériaux dont le roi Salomon construisit ce temple magnifique de Jérusalem ? Tous les Sidoniens ne connaissent-ils pas cela ? et ne connaissent-ils pas mon ami Chamaï, capitaine des gardes du roi Salomon, quand il vient me rendre visite dans mon palais, accompagné de sa femme Abigaïl et du grand Jonas, le chef des trompettes royaux ? Et n’ont-ils pas vu souvent Bicri, le riche vigneron, quand il vient vendre à Sidon ses outres et ses tonneaux, et qu’Himilcon et Gisgon les dégustent les premiers ? Et ne voient-ils pas, tous les ans, le navire qui part en grande pompe pour aller chercher à Paphos Hannon, grand prêtre d’Astarté, et sa femme, la belle Chryséis, grande prêtresse de cette déesse chez les Hellènes ? Hannon vient sacrifier au temple de la métropole. Dionysos l’accompagne : c’est un guerrier fameux dans son pays ; il enseigne aux Phokiens la navigation et les lettres phéniciennes. Le vieux Aminoclès, fier de son fils, fait aussi le voyage pour voir son ancien amiral, et ce jour-là, quand le Cabire, orné de tentures, va chercher mes invités au large et les conduit à mon propre débarcadère, le peuple de Sidon acclame le hardi bateau, et se réjouit en voyant réunis sur le pont les compagnons qui ont découvert les îles de l’Étain, la côte de l’Ambre et les Iles Fortunées.
Le soir d’un pareil jour, Himilcon ne marche pas souvent très-droit, et Bicri ne manque pas de siffler la chanson des Kymris et la chanson de Benjamin ; et quand nos hôtes s’en vont, Jonas lui-même veut les précéder, en sonnant de la trompette en leur honneur.
FIN.
NOTES.
Je ne prétends point faire de ce livre un ouvrage de science pure ; j’ai voulu simplement présenter, sous une forme courante, un tableau du monde en l’an 1000 avant Jésus-Christ, et résumer, pour l’usage de la jeunesse, des notions, des découvertes et des faits épars dans des ouvrages que leur caractère exclusivement scientifique et technique et leur prix élevé rendent moins abordables.
Le but que je me suis proposé m’interdit de surcharger de notes les Aventures du capitaine Magon. La lecture d’un livre de ce genre serait fastidieuse à l’excès, s’il fallait à chaque instant quitter le fil du récit pour consulter une note de bas de page, ou courir à une pièce justificative placée la fin du volume. J’ai donc systématiquement évité toute espèce de notes, et je n’ai mis que celles qui étaient strictement nécessaires pour l’intelligence du texte. Il faudra bien que le lecteur me croie sur parole. Toutefois, pour ma justification comme pour répondre au désir des lecteurs qui prendraient goût à l’étude de l’époque dont j’ai parlé, et en particulier à l’histoire du peuple phénicien, je donne ici une liste succincte d’un certain nombre d’ouvrages bons à consulter, et je la fais suivre de quelques commentaires. Ces commentaires éclaireront quelques points que la forme du roman m’a fait laisser dans l’obscurité. Il va sans dire que dans les ouvrages dont je donne la liste, je ne cite pas les livres de l’antiquité classique, depuis la Bible jusqu’à Strabon, en passant par Xénophon. Je ne veux renvoyer le lecteur qu’aux recherches de la science moderne et citer que les travaux qui m’ont servi plus particulièrement.