« Comment, mais n’est-ce pas toi, Abigaïl, que je vois ?
— Et n’est-ce pas toi, Chamaï, du village de Guédor ? »
Ils se prirent les mains et, se regardant l’un l’autre, comme des amis qui ne se sont pas vus depuis longtemps, pleurèrent tous les deux.
« Comment es-tu ici, sur ce navire phénicien, Abigaïl ? dit enfin Chamaï.
— Ignores-tu donc que j’ai été enlevée de mon village lors d’une incursion des Philistins d’Ascalon, et qu’ils m’ont vendue aux Tyriens ?
— J’étais à la guerre dans le nord, contre le roi de Tsoba, et je ne suis pas revenu au pays depuis mon retour : comment pourrais-je le savoir ?
— Sache donc, dit Abigaïl en reprenant son air joyeux, que le roi Hiram m’acheta et me donna pour servante à cette dame ionienne qu’il a achetée pareillement et dont il fait présent au Pharaon d’Égypte. Le bon capitaine Magon est chargé de nous conduire.
— Hélas ! s’écria Chamaï, je suis des vôtres ; je te retrouve, et il faudra encore nous séparer. Que je regrette donc à présent que la route vers l’Égypte soit si courte ! Je voudrais que notre voyage durât aussi longtemps que celui de nos pères, quand ils vinrent de cette même terre d’Égypte en cette terre de Kanaan que nous voyons d’ici. »
J’invitai Abigaïl à s’asseoir avec nous, touché de cette rencontre, et je priai Hannon de faire la même invitation à la dame ionienne, puisqu’il savait parler sa langue. Celle-ci fit une profonde inclination et s’assit sur un coussin qu’on lui avait préparé.