Pendant le repas, qui fut des plus gais, Abigaïl et Chamaï nous racontèrent comment ils avaient gardé les chèvres ensemble pendant leur enfance et quel attachement ils avaient l’un pour l’autre. Je me sentais presque fâché de la conduire au Pharaon.
« Peut-être, dit Abigaïl, le Pharaon aura-t-il pitié de moi et ne voudra-t-il pas me garder. Je ne suis qu’une servante, et c’est la dame ionienne qui lui est destinée. Qu’est-ce qu’un si grand monarque ferait de moi ? Il a des servantes par milliers. Il me renverra.
— Oui, oui, dit Chamaï en serrant ses poings robustes, N’est-ce pas vrai, capitaine Magon ?
— Je pense en moi, répondis-je, qu’Abigaïl n’est point envoyée au Pharaon, mais doit accompagner la dame ionienne pour la désennuyer en route.
— D’autant plus, ajouta Hannibal, que c’est nécessaire, car son eunuque paraît l’amuser médiocrement. »
Pendant tout ce temps, Hannon et la dame ionienne causaient ensemble. Comme on remplissait les coupes de vin :
« Hannon, lui dis-je, pour mettre fin à cette conversation qui m’alarmait, tu sais jouer du psaltérion ?
— Oui, dit Hannon. Tu m’as déjà entendu.
— La dame doit savoir chanter des chansons de son pays et ne nous refusera pas de nous en chanter une ? »
La dame, qui comprenait quelque peu le phénicien, me répondit qu’elle chanterait bien volontiers.