— Ma flatterie, dit Hannon, est donc d’avoir deviné la pensée du roi. C’est un peuple heureux celui chez lequel il suffit de dire les actions du roi pour le louer.
— Si, reprit le roi, tu as une langue aussi dorée auprès des femmes, je te prédis que tu épouseras quelque princesse. »
Hannon rougit et le roi se mit à rire.
« Tu as là, me dit-il, un scribe qui sait bien tourner les paroles et son éloquence me plaît.
— O roi, répondit Hannon, nous passerons bientôt chez tant de peuples sauvages et parlant tant de langues bizarres, nous aurons avec eux des conversations si brutales à coups de lance et à coups d’épée, nous soutiendrons contre les hurlements de la mer et les sifflements du vent de si rudes dialogues, que nous dépensons ici nos dernières belles paroles en langue cananéenne. Nous vidons le trésor de notre politesse, afin d’être à même de causer avec les gens de Tarsis. »
Le roi fut très-content des paroles d’Hannon.
« Je veux, lui dit-il, que tu mettes par écrit les singularités de ton voyage et que tu me les apportes. As-tu ici quelque papyrus écrit par toi ? »
Hannon lui tendit un rouleau sur lequel étaient des vers de sa composition en l’honneur d’une dame. Le roi loua beaucoup l’harmonie des vers et la beauté de l’écriture et fit donner à Hannon un papyrus sur lequel il avait écrit des poésies de sa propre main ; car il s’y entend très-bien et passe pour un excellent poëte et un habile calligraphe.
« Mais, dit Hannon, les poésies que le roi a écrites dans la vallée des Géants et dans tant d’autres endroits, il ne peut pas me les donner ? »