Sur les barques il y avait des soldats demi-nus, n’ayant qu’une étoffe disposée en jupon sur leur corps bronzé, des poignards dans la ceinture, et armés de haches et de grands bâtons à deux bouts que les Égyptiens manient fort adroitement. Tout ce monde se donnait beaucoup de mouvement, mais n’avançait pas vers nous. Ils avaient l’air d’attendre quelque chose ou quelqu’un.

Je ne tardai pas à savoir à quoi m’en tenir. Une grande barque se détacha de la masse des navires en amont de nous. Sur l’arrière et l’avant, très-relevés, de cette barque, étaient huit rameurs, pagayant debout ; au milieu, une douzaine de soldats ayant une espèce de plaque de bronze carrée retenue au milieu de la poitrine par des courroies, et armés de courtes épées en forme de croissant, et de poignards. Parmi eux se tenait un officier égyptien de haut rang, ayant deux tuniques de gaze rayée croisées sur la poitrine ; l’une par-dessus l’autre, une ceinture garnie de plaques d’émail et un grand oiseau les ailes étendues, fait d’or et d’émail, suspendu sur la poitrine par des chaînes d’or qui lui passaient par-dessus les épaules. Cet homme portait aussi un haut bonnet avec une plaque d’émail où le nom du Pharaon était inscrit en caractères sacrés égyptiens, et sa barbe était enfermée dans un étui d’étoffe rouge. Il tenait à la main une hache d’armes de caractères et de figures d’animaux en émail ; enfin il était très-somptueux. A ses côtés était un prêtre ou scribe égyptien vêtu de blanc, la tête complétement rasée ; il tenait une écritoire avec des papyrus, et derrière eux, notre eunuque Hazaël en personne, armé de pied en cap à la syrienne. Sur la barque on voyait un tas de chaînes et de menottes, qui me fit rire quelque peu.

L’officier égyptien m’ayant crié, dans sa langue, qu’il voulait me parler, je le laissai approcher. Quand il fut contre nous, il monta sur mon bord avec assurance, suivi de son scribe et de cinq soldats. L’eunuque resta prudemment dans la barque. Je saluai poliment le seigneur égyptien, à la manière et dans la langue de son pays. Mais il se tint devant moi d’un air insolent et, sans me rendre mon salut, me dit brusquement :

« Voleurs phéniciens, prosternez-vous et implorez la grâce du Pharaon ! »

Voyant qu’il le prenait sur ce ton, je lui répondis sans me gêner :

« Nous ne sommes pas des voleurs, nous n’avons rien fait au Pharaon, et nous n’avons pas de grâce à demander de lui. Mais nous avons à réclamer sa justice et sa protection contre ceux qui nous ont calomniés auprès de toi.

— Obéissez et tremblez ! s’écria l’Égyptien, et n’essayez pas de me conter des mensonges. N’avez-vous pas tenté de fuir cette nuit ?

“Obéissez et tremblez.”