« Eh bien ! criai-je à Chamaï, car le vent, la pluie, le tonnerre, la mer, faisaient un tel fracas qu’on avait bien de la peine à s’entendre, eh bien ! voici le moment de crier à ton Dieu.

— Sommes-nous vraiment en danger ? demanda Bicri.

— La lame, dans l’Océan, est autrement grosse que cela, répondis-je. Ici elle est courte, mais rageuse. Les navires tiennent bon, et j’en ai vu d’autres dans les Syrtes et passé le détroit de Gadès. »

Abigaïl et Chryséis se tenaient étroitement embrassées, dans leur cabine. Chamaï et Bicri, quoique non habitués à la mer et fortement secoués, se conduisirent en hommes vaillants, aidant à raffermir les cordes et à maintenir l’arrimage tant qu’ils pouvaient ; mais l’épais Jonas s’était laissé tomber dans l’entre-pont, où il roulait au gré du tangage et du roulis, comme un énorme ballot.

« Il faut m’arrimer cela, dit Hannibal en lui détachant un grand coup de pied dans les côtes. Il va défoncer quelque chose.

— Hélas, hélas ! gémissait Jonas, que je regrette d’être venu ! Hélas, qu’on mangeait de bon pain et de bonne viande dans mon village ! Oh, oh, oh ! les poissons vont nous manger, à présent ! Ahi ! on ne peut pas se tenir debout, et nous sommes sous l’eau. Aidez-moi mes bons frères. Ho, ho !

— Te tairas-tu, bœuf, chameau, chien crevé ? lui cria Hannibal en colère. Attachez-le au pied du mât, vous autres. Il roule ici à droite et à gauche, et il a déjà manqué de me faire tomber. » On attacha Jonas, qui se laissa ballotter comme une masse inerte. Je remontai sur le pont, où Himilcon, à côté des timoniers, faisait de son mieux.

« Je ne vois plus le Dagon, » me cria-t-il.

En ce moment, le Cabire faillit être jeté contre nous, par une vague qui le prenait trop en travers. A la lueur d’un éclair, je vis Amilcar et Gisgon encourageant leurs hommes du geste.