— Qu’as-tu à dire ? lui demandai-je.

— Je te demande pardon, seigneur, de mon audace de parler ici des choses de la mer ; mais j’ai les yeux excellents, et il me semble voir des sommets de montagne, là, derrière la poupe, un peu à droite. »

Himilcon, sans lâcher son outre, sauta sur ses pieds, et de son œil unique regarda attentivement dans la direction indiquée.

« L’archer a raison, dit-il, et mon œil ne m’a pas habitué à me tromper. Nous sommes sous le vent de la terre. »

La bourrasque faiblissait un peu, et malgré la pluie constante il me semblait aussi voir des montagnes derrière nous, à notre droite.

Je me fis ce raisonnement : le vent paraît tourner en cercle, du sud-ouest au sud franc, nous poussant vers le nord. La terre que je crois voir ne peut être qu’un promontoire de la côte nord de Crète. J’aurais donc ainsi la direction de l’est à ma droite. Faisons un effort pour sortir du tourbillon et nous diriger de ce côté.

Je fis aussitôt le signal au Cabire. Je doublai le nombre des rameurs, à l’aide des soldats, mettant deux hommes à chaque rame. Je m’assurai par moi-même de l’arrimage, qui avait presque partout tenu bon, et je fis pousser vigoureusement du côté supposé de l’est.

Je ne m’étais pas trompé. Bientôt nous sortîmes de l’action du vent. Au bout d’une heure, il diminuait sensiblement ; au bout de deux heures, il tombait tout à fait ; au bout d’une autre heure, la pluie cessait, et un rayon de soleil, dardant à travers les nuages, nous montrait en même temps la franche lumière et notre route.

« Vive le roi ! cria Chamaï. Adonaï nous a sauvés, mais j’ai eu une belle peur.

— Permission de teter un peu l’outre avec l’archer Bicri, qui a vu le bon chemin le premier ? demanda Himilcon en secouant son kitonet trempé.