HOLLANDE.

Locut. vic.On a reçu des nouvelles d’Hollande.
Locut. corr.On a reçu des nouvelles de Hollande.

Ne dites pas, avec les agens de change, des ducats d’Hollande; ni avec les épiciers, du fromage d’Hollande; ni avec les marchands de toile, de la toile d’Hollande. Quelques grammairiens autorisent, il est vrai, cette prononciation; mais ces grammairiens n’ont certainement pas pesé leur opinion, ou bien peut-être ont-ils voulu, dans ce cas, déférer à l’usage, qui, comme nous venons de le faire voir, est un peu en faveur de ces exceptions. Le principe est excellent, et ce n’est certes pas nous qui le combattrons. Notre observation n’a pour but que d’en blâmer ici l’application, parce qu’elle est absurde, et que l’absurde doit être attaqué partout où il se trouve. MM. Laveaux et Ch. Nodier veulent l’aspiration du h dans ce mot. Comme personne ne dit l’Hollande, nous pensons qu’il serait ridicule de vouloir que ce mot, qui n’a jamais qu’une seule signification, pût, selon les phrases, avoir deux prononciations. Soyons conséquens dans nos opinions, c’est le meilleur moyen de leur donner du poids.


HONNEUR.

Locut. vic.J’ai l’honneur d’être, avec respect, votre très-humble, etc.
Locut. corr.Je suis avec respect, votre très-humble, etc.

L’emploi abusif que l’on fait souvent de ce mot en style épistolaire, a donné lieu à plus d’une juste critique. Cette phrase par exemple: j’ai l’honneur d’être avec respect votre très-humble et très-obéissant serviteur, qui termine tant de lettres, est-elle bien correcte? Nous ne le pensons pas. Qu’on dise: j’ai l’honneur d’être votre très-humble, etc.; ou je suis avec respect votre serviteur, d’accord. Quant à la première phrase, elle est évidemment entachée de pléonasme. Est-il possible en effet d’être le très-humble et très-obéissant serviteur de quelqu’un sans avoir pour lui du respect? Et puis comment dire à un homme, sans le connaître parfaitement, qu’en le respectant on se fait de l’honneur à soi-même? N’est-ce pas se montrer à peu près aussi obséquieux que ce provincial à qui un homme de qualité demandait: Avez-vous vu mes chevaux? et qui répondit: Oui, Monsieur, j’ai eu cet honneur-là? Nous savons qu’il y a certains hommes à qui des témoignages de respect de notre part font peut-être moins d’honneur qu’ils ne nous en font à nous-mêmes; mais ces hommes-là sont si rares que nous ne craignons pas d’avancer que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des formules: j’ai l’honneur d’être avec respect votre très-humble, etc., sont tout-à-fait déplacées, et ne peuvent être regardées que comme le produit de l’irréflexion, de l’habitude ou de l’adulation.

On ne manquera pas, nous le savons, pour réfuter notre opinion, de nous dire que ces formules sont de vains complimens qui ne tirent nullement à conséquence. Nous répondrons que l’homme franc et réfléchi n’écrit jamais que ce qu’il pense, et que lorsqu’il témoigne, même en paroles, à un autre homme, de quelque rang qu’il soit, un respect qui touche aux bornes qu’il doit avoir entre hommes, il veut au moins être sûr que ce respect est bien mérité.


HORLOGE.