Si nous indiquons cette prononciation Algère comme la meilleure, c’est par déférence pour le sentiment du dictionnaire de Trévoux qui écrit Algèr, de la grammaire de Lévizac, de celle de Lemare, et du Dictionnaire des rimes de M. de Lanneau qui range ce nom propre parmi les mots dont le r final est rude, tels que cancer, amer, enfer, etc. Nous reconnaissons cependant que l’usage veut qu’on prononce Algé. On peut donc faire hardiment son choix en cette circonstance; on aura toujours pour soi une autorité imposante, celle des grammairiens ou celle de l’usage.
En Alger et à Alger ne signifient pas la même chose. En se met généralement devant un nom d’empire, de province, d’état, etc. A devant un nom de ville, de bourg, etc. Ainsi lorsqu’on dit: je vais en Alger, c’est comme si l’on disait: je vais sur le territoire de la colonie d’Alger, et lorsqu’on dit: je vais à Alger, cela signifie, je vais dans la ville même d’Alger. Il y aurait conséquemment une faute aujourd’hui dans ce vers de Corneille:
Je serai marié, si l’on veut, en Alger.
L’usage, qui se joue parfois des règles les plus sensées, n’a pas toujours respecté le principe que nous venons de développer, et nous ferons remarquer que cette locution en Alger, quoique bonne dans le sens indiqué plus haut, et quoique souvent employée d’une manière officielle par le gouvernement, n’en est pas moins, à l’heure qu’il est, une expression que l’usage dédaigne. Que le gouvernement se console de cet échec; la raison n’est pas mieux traitée que lui.
ALLER.
| Locut. vic. | Il s’est en allé. | |
| Il a plusieurs endroits à aller. | ||
| Je m’en vas lui parler. | ||
| Mon frère est allé en ville ce matin, et en est revenu ce soir. | ||
| Locut. corr. | Il s’en est allé. | |
| Il a plusieurs endroits où aller (et mieux: il doit aller dans plusieurs endroits). | ||
| Je vais lui parler. | ||
| Mon frère a été en ville ce matin, et en est revenu ce soir. | ||
—Dans la conjugaison du verbe s’en aller, le relatif en doit toujours être placé immédiatement après le second pronom personnel comme dans ces phrases: nous nous en sommes allés, vous vous en étiez allés, ils s’en seront allés, et non nous nous sommes en allés, vous vous étiez en allés, ils se seront en allés. Cette dernière manière de parler est unanimement condamnée.
—On doit sentir que cette phrase: il a plusieurs endroits à aller, est mauvaise, par la raison qu’on ne peut pas aller un endroit, des endroits, mais dans un endroit, dans des endroits.
—Je m’en vas lui parler nous paraît contenir deux incorrections: la première est le pléonasme que présente l’emploi du relatif en, lequel est fort inutile ici puisqu’on peut dire dans un sens tout aussi complet je vas lui parler; la seconde est l’emploi de vas au lieu de vais, que l’on doit préférer, parce que la grammaire et l’usage l’ont définitivement adopté. C’est de plus une orthographe étymologique. Autrefois on disait: je voys, je voyse qu’on prononçait comme la première personne du verbe voir, je vois. Quand vint la révolution opérée, vers le milieu du 16e siècle, dans notre prononciation nationale, par l’influence de la suite italienne de Catherine de Médicis, la diphthongue oy, oi, finit par avoir le son de l’è ouvert, et l’on prononça alors je vays. Enfin plusieurs changemens successifs nous léguèrent l’orthographe je vais, qui est aujourd’hui généralement suivie. Je vas est préféré par certaines personnes à cause de son analogie avec les deux autres personnes tu vas, il va. Pour que cette opinion soit excellente, il ne lui manque que d’avoir l’usage pour elle.