| Locut. vic. | Elle est amateur de tableaux. |
| Locut. corr. | Elle est amatrice de tableaux. |
Le féminin amatrice est un mot fort bon et fort utile, qui a éprouvé et qui éprouve encore de grandes difficultés pour s’introduire dans notre idiôme. Ces difficultés proviennent en grande partie des femmes, et nous avouerons franchement que leur susceptibilité n’est que trop bien justifiée. M. de Bièvre a laissé tant de successeurs! Quoi qu’il en soit, ce mot que l’abbé Féraud qualifie à tort de mot nouveau, car c’est un archaïsme (V. Archéologie française, t. 1), ce mot, disons-nous, commence à se trouver appuyé par un assez grand nombre d’autorités. Amyot, Brantôme, Linguet, J. J. Rousseau, s’en sont servis, et Domergue, Féraud, l’Académie, Ch. Pougens, Boiste, etc., l’approuvent.
AMBITIEUX.
Quelques grammairiens prétendent que cet adjectif ne doit jamais avoir de complément comme dans cette phrase: il est ambitieux de gloire. Sur quoi fondent-ils leur opinion? Nous n’en savons rien, et peut-être ne le savent-ils pas eux-mêmes. C’est du moins ce que leur silence à cet égard nous permet de croire. Quant à nous, nous pensons que l’adjectif ambitieux, dérivant d’un verbe actif, doit pouvoir admettre le complément qu’admettrait ce verbe. Puisqu’on dit ambitionner la gloire, la puissance, etc., pourquoi ne dirait-on pas ambitieux de gloire, de puissance, etc.? Quoi! vous direz qu’un homme est ambitieux, et vous ne pourrez pas ajouter sur quoi porte son ambition. Quelle susceptibilité! rend-elle vraiment un service à notre langue? Nous croyons le contraire.
Louis Racine dans ce vers:
Ils sont ambitieux de plus nobles richesses,
Boileau dans cet hémistiche:
Ambitieux de gloire,
ont bravé avec raison une critique peu fondée.