Locut. vic.Je suis peiné de ce qui vous est arrivé.
Locut. corr.Je suis chagriné de ce qui vous est arrivé.

Cette expression, que plusieurs grammairiens modernes ne se font pas scrupule d’appliquer aux personnes, parut vicieuse à l’abbé Desfontaines lorsqu’elle fut introduite en ce sens dans le monde littéraire. Aussi s’écria-t-il ironiquement (Dict. néologique): «On a toujours dit une écriture peinée, un style peiné; on peut dire aujourd’hui un homme peiné

Peiné ne signifie point en effet: qui a de la peine, mais qui est fait avec peine. Un homme peiné serait par conséquent un homme fait avec peine, comme on dit une écriture peinée, c’est-à-dire faite avec peine.

Vous me peinez, cet homme est peiné nous paraissent être de vrais barbarismes, quoique ce ne soit pas là le sentiment de l’Académie.


PEINTURER.

Peinturer est un mot avoué par le Dict. de l’Acad. de 1802, et qui signifie enduire d’une seule couleur. Il faut donc dire: peinturer une planche en noir, en rouge, etc., et non peindre une planche en noir, en rouge, etc. L’Académie donne aussi peinturage et peintureur. Le Dict. de Boiste de 1834 a recueilli ces trois mots; mais l’usage en est encore assez rare.

«Bien loin que peinturer soit un mauvais mot, comme le prétendent quelques personnes, n’est-ce point un terme nécessaire qui peut servir à distinguer deux choses toutes différentes, car peindre ne signifie-t-il point représenter avec le pinceau la figure de quelque chose, comme d’une campagne, d’un oiseau, d’un homme, etc., et peinturer, mettre seulement des couleurs sur quelque matière que ce soit. Lors, par exemple, qu’un sculpteur, ayant fait une statue de bois, y applique les couleurs convenables, ne peut-on pas dire qu’il la peinture? car, pour la peindre, il semble qu’il faudrait qu’avec ses couleurs il en tirât la représentation, ce qui est très différent.» (Andry de Boisregard, Réfl. sur l’usage présent de la langue française, 1689.)

Peinturer, comme on le voit, n’est pas un mot nouveau.