SAVOIR (FAIRE A).

Locut. vic.Faites à savoir qu’il est arrivé.
Locut. corr.Faites savoir qu’il est arrivé.

M. Marle (Précis d’Orthologie) blâme avec raison la formule: on fait à savoir que, employée, dit-il, dans les petites villes, et surtout dans les villages, au commencement des publications faites au nom du maire, et ce grammairien désirerait que le fonctionnaire public ne laissât pas écorcher ainsi la langue en son nom. Mais M. Marle aurait-il donc oublié que l’Académie autorise cette façon de parler? Que répondrait-il à un maire qui lui montrerait, pour se disculper, le texte du Dictionnaire sacré? M. Marle trouverait sans doute d’excellentes raisons pour soutenir son opinion, mais M. Marle ne convaincrait probablement pas son adversaire, que nous supposerons pour cela ne pas être grammairien; par la raison que, pour tout homme qui n’est pas un peu grammairien, l’Académie est une autorité irréfragable. Aussi l’Académie a-t-elle de bien grands torts quand elle se trompe.

M. Feydel (Rem. sur le Dict. de l’Acad.) prétend qu’on doit dire: faire assavoir. C’est, dit-il, une expression de chancellerie municipale, expression composée seulement de deux verbes, dont le second, qui devrait se trouver dans le dictionnaire, sous la lettrine ass, est assavoir, et non: savoir.—Nous pensons que le verbe assavoir étant aujourd’hui tombé en désuétude, puisque aucun dictionnaire ne le donne, il vaut beaucoup mieux dire: faire savoir, que faire assavoir, qu’on écrirait toujours comme l’Académie, c’est-à-dire sous la forme d’un barbarisme, malgré l’excellente remarque de M. Feydel.


SAVOYARD.

Locut. vic. Allez, vous n’êtes qu’un savoyard.
Un de mes amis, un avocat savoisien.
Locut. corr. Allez, vous n’êtes qu’un brutal.
Un de mes amis, un avocat savoyard.

Les gens mal élevés disent froidement des injures; les gens bien élevés en disent aussi, malheureusement, mais quand ils sont en colère, et les uns et les autres sont peut-être excusables jusqu’à un certain point, à cause de leur manque, soit d’éducation, soit de raison. Mais que dire d’un lexicographe qui imprime, lui, homme instruit et calme, ou qui doit l’être du moins, qu’un savoyard est un terme de mépris qui signifie homme sale, grossier, brutal. En vain ce lexicographe objectera-t-il que son devoir est d’enregistrer tous les mots qui ont cours dans la langue, nous lui répondrons que son devoir est aussi de passer sous silence les mots qui peuvent porter atteinte à la décence ou à la morale, à moins qu’il ne se propose pour modèle le dictionnaire français-espagnol de Sobrino, le dictionnaire le plus impudique qu’on ait jamais fait. Que résulterait-il, après tout, de ce silence? Que celui qui ne voudrait employer ce mot qu’après l’avoir trouvé dans le dictionnaire ne l’emploierait pas du tout. Où serait donc le mal?

Si nous repoussons le mot Savoisien, qu’on veut substituer à Savoyard, comme gentilé de la Savoie, c’est parce qu’il est trop peu usité; que son adoption nous paraîtrait la consécration définive de l’injure sottement faite au gentilé savoyard; qu’il est irrégulièrement formé, et qu’il ne peut se dire correctement que d’un habitant du village de Savoisy, dans la Côte-d’Or. Quand Rousseau écrivait: Ces pauvres Savoyards sont si bonnes gens! (Confess., liv. 6.) il n’avait certainement pas l’intention de leur faire une insulte, et cependant la subtile distinction établie entre savoyard et savoisien existait à cette époque depuis long-temps.

«J’ai vu une grande dispute à Grenoble, dit L. A. Allemand (Nouv. rem. de Vaugelas, 1690, p. 468.) pour savoir si l’on devait appeler les peuples de Savoie Savoyards on Savoisiens, jusques-là même qu’on faillit à en venir aux mains. Les Savoisiens qui étaient venus d’Annecy et de Chambéry à Grenoble, pour y tirer un prix général de l’arquebuse, prétendaient que les Lyonnais qui y étaient aussi, les avaient offensés en les appelant Savoyards. Ils disaient que ce mot de savoyard n’avait été destiné par notre usage qu’à signifier ces misérables ramoneurs de cheminées, et qu’ainsi c’était un terme de mépris, et qu’il fallait appeler les peuples de Savoie des Savoisiens. En sorte qu’il fut résolu, dans une assemblée de plus de trois mille hommes, tous armés, qu’on ne les appellerait plus Savoyards, mais Savoisiens. Cependant, dit notre auteur en terminant, comme on ne connaît presque pas ce mot à Paris, je ne voudrais pas condamner ceux qui disent savoyard en toutes manières, puisque un grand nombre de bons auteurs ne parlent pas autrement.»