XXV
Comment d'Ami douce parole
L'Amant reconforte et console.
Mais me dit: «Compagnon, soyez
Tranquille et ne vous effrayez.
Je le connais de longue date
Ce Danger qui si fort éclate
En cris, menaces, vains discours,
Contre novices en amours.

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Piece a que ge l'ai esprouvé; 3245
Se vous l'avez felon trouvé,
Il iert autres au derrenier:
Ge le congnois cum ung denier.
Il se set bien amoloier,
Par chuer et par soploier[66];
Or vous dirai que vous ferés:
Ge lo que vous li requerés
Qu'il vous pardoint sa mal-voillance,
Par amors et par acordance;
Et li metés bien en convent,
Que jamès dès or en avant
Ne ferés riens qui li desplese.
C'est la chose qui plus li plese,
Qui bien le chue et le blandist.
L'Amant.
Tant parla Amis et tant dist,
Qu'il m'a auques réconforté,
Et hardement et volenté
Me donna d'aler essaier
Se Dangier porroie apaier.


XXVI

[Voir image]
Comment l'Amant vient à Dangier,
Luy prier que plus ledangier
Ne le voulsist, et par ainsi
Humblement luy crioit mercy.
A Dangier suis venu honteus,
De ma pès faire convoiteus;
Mès la haie ne passai pas,
por ce qu'il m'ot véé le pas.

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Croyez-en mon expérience, 3253
Si le premier jour sa démence
Effraie, il est autre au dernier,
Je le connais comme un denier.
Rien n'adoucit mieux ce cerbère
Que la caresse et la prière[66b].
Or, voici ce que vous ferez:
D'abord vous lui demanderez
Qu'il vous pardonne votre injure
Par amour, bienveillance pure,
Et jurez-lui, la main levant,
Que jamais plus dorénavant
Ne ferez rien qui lui déplaise;
Car il n'est rien qui tant lui plaise
Que caresse de bon flatteur.»
L'Amant.
Parlait avec tant de chaleur
Ami, que mon âme ravie
Reprit courage. Alors l'envie
Me vint aussitôt d'essayer
Si je pourrais l'apitoyer.