Tel le brandon de Vénus vole porter l'incendie dans la tour. A cette vue toute la garnison s'enfuit. La tour consumée s'écroule pièce à pièce, sans pourtant endommager le sanctuaire.
L'Amant alors, en pèlerin, muni du bourdon et de l'écharpe, pénètre jusqu'à Bel-Accueil sous la conduite de Courtoisie, Franchise et Pitié. «Daignez, disent-elles à Bel-Accueil, octroyer à ce loyal Amant la Rose qu'il désire depuis si longtemps.
«Dames, fait Bel-Accueil, de bon coeur je la lui abandonne; qu'il me pardonne ses longs ennuis, et qu'il vienne ici la cueillir, à nous deux seuls tout à loisir, car il aime loyalement.»
L'auteur finit en racontant comment, pour arriver jusqu'à la Rose, il lui fallut forcer la porte du sanctuaire avec son bourdon et comment, après de longs efforts, il parvint enfin à cueillir le délicieux bouton.
Il était jour; il se réveille.
GLOSE.
On peut ainsi résumer ces dix-huit derniers chapitres:
Jusqu'alors le lien qui unissait les deux amants n'avait été qu'une affection du coeur et de l'âme. Du côté de l'amante, ce n'étaient qu'illusions et rêves [p. LXXXIV] enchantés. S'aimer et se le dire, se contempler et se sourire, c'était tout son bonheur.
Dans cet échange mutuel d'impressions naïves, les sens n'avaient aucune part; cette affection n'était encore que de l'amitié. Soudain une étincelle jaillit et vient embraser tout le corps. Les sens s'allument, la nature reprend tous ses droits. L'étincelle, c'est Génius; la flamme, c'est Vénus.
Alors la pauvre enfant, vaincue déjà plus d'à moitié par l'éloquence et les charmes de son amant, sent naître en elle une flamme inconnue. Palpitante, enivrée, elle oublie tout, se laisse tomber éperdue entre ses bras, s'abandonne à ses étreintes passionnées, à ses voluptueuses caresses, et... l'heureux Amant peut enfin cueillir la Rose.