Vers 9642-9708. Solers à liens, decopez à las, c'est-à-dire lacés. Benoît Baudoin, d'Amiens, a fait un traité sur les souliers, sous le titre De Calceo antiquo et mystico, où il remarque que Dieu donnant à Adam [p.450] des peaux de bêtes pour se couvir, il ne le laissa point aller les pieds nus; que dans la suite des temps on fit des souliers de genêt, de papier, c'est-à-dire de la plante dont on tiroit le papier qui croissoit en Égypte. Il y avoit des souliers de lin, de soie, de bois, de fer, d'argent et d'or. Ils ont souvent changé pour la figure, pour les ornements et pour la couleur; il y a eu des souliers longs, des souliers unis, et d'autres qui étoient tailladés et découpés.
On lit au livre VII des Antiquités françoises du président Fauchet que les moines de Saint-Martin de Tours, vivant délicieusement, étoient vêtus de soie, et portoient des souliers, vitrei coloris (ce dit l'abbé Odon). Un autre dit des mirouers à leurs souliers, pour contempler leurs beaux habits, même dans l'église. (Lantin de Damerey.)
Note 121, page [338].
Vers 9662. Despendre, dépenser. M. le duc de Bellegarde, qui étoit Gascon, et qui entendoit la raillerie, ayant demandé à Malherbe lequel étoit mieux dit de depensé ou de dependu, il répendit que depensé étoit plus françois, mais que dependu, pendu et rependu étoient plus propres pour les Gascons. (Lantin de Damerey.)
Vers 9726-9796. Jonglierre, janglerre, jongleur, joingleur et jongléor, du latin jaculator, signifient un bouffon, un bateleur, un trompeur. [p.451]
A la cour des comtes de Flandre, les poëtes étoient appelés jongleurs; à la cour de nos rois, fatistes, du mot faire. Fatiste étoit aussi un bateleur, suivant Borel. Fat vient de fatiste.
Chez les comtes de Provence, on appeloit les poëtes des troubadours ou trouvères: la Provence se nommoit alors la boutique des troubadours.
Les anciens poëtes grecs ont chanté les louanges des dieux et des rois, comme le remarque Hérodote dans la Vie d'Homère, dont les poésies furent chantées pièce à pièce dans les maisons des seigneurs, ce qui a fait nommer rhapsodies les poésies d'Homère, non pas dans le sens que nous donnons aujourd'hui à ce terme.
Nos trouvères, à l'exemple de ces poëtes, empruntant leurs sujets des belles actions des grands hommes, alloient par les cours des princes, chantant leurs gestes et leurs hauts faits pour les divertir. Les jongleurs, c'est-à-dire les ménestriers, avoient aussi le même emploi, chantant avec la viole. Les uns composoient, comme les trouvères ou conteurs; les autres chantoient les inventions d'autrui, comme les chanterres et les jongleurs, et parce qu'ils avoient besoin les uns des autres, ils se trouvoient ensemble aux grandes assemblées et aux festins des princes. Le temps où ils fleurirent le plus fut celui des Croisades. (Voyez Fauchet, De la langue et poésies françaises, liv. I.)