Ainsi marâtres de leurs mains 9545
Pour leurs brus font cuire venins,
Charmes font et sorcelleries,
Et tant d'autres grand' diableries,
Qu'on ne pourrait les recenser,
Si longtemps qu'on y pût penser.
Toutes êtes, serez ou fûtes
De fait ou de volonté putes[114b]!
Et qui bien vous étudierait
Toutes putes vous trouverait.
Car tel avantage ont les femmes
Qu'elles sont de leur vouloir dames,
Et qui pût le fait empêcher
Ne saurait leur vouloir forcer.
L'injure ni la violence
Ne changent point la conscience,
Car qui le coeur changer pourrait
Du corps ainsi maître serait.
Or, laissons ce qui ne peut être;
Mais, doux Dieu, roi du ciel et maître,
Que puis-je contre ces ribauds
Qui de tant de honte et de maux
M'accablent? Si je les menace,
Ils se riront de ma menace;
Si je vais contre eux me ruer,
Tôt me pourront battre ou tuer.
Outrageux, félons, l'àme fière
Et courageux de tous maux faire,
Jeunes, hardis, félons, têtus,
Me priseront-ils deux fétus?
Car jeunesse tant les enflamme
Qui les emplit de feu, de flamme
Et leur fait nécessairement
Émouvoir le coeur follement,
Et si legiers et si volans, 9517
Que chascuns cuide estre ung Rolans,
Voire Hercules, voire Sanson.
Si rorent cil dui, ce pense-on,
Si cum en escrit le recors,
Resemblables forces de cors;
Car Hercules avoit, selonc
L'auctor Solin, sept piés de lonc,
N'onc ne pot à quantité graindre
Nus noms, si cum il dit, ataindre.
Moult ot cis Hercules d'encontres,
Il vainqui douze orribles monstres,
Et quant ot vaincu le douziesme,
Onc ne pot chevir du treiziesme[115].
Ce fu de Deyanira
S'amie, qui li descira
Sa char de venin toute esprise
Par la venimeuse chemise.
Ainsinc fu par fame dontés
Hercules qui tant ot bontés.
Si ravoit-il par Yolé[116]
Son cuer jà d'amors afolé.
[Voir image]
Ainsinc Sanson, qui pas dix hommes
Ne redotoit ne que dix pommes,
S'il éust ses cheveus éus,
Fu par Dalila décéus.
Si fai-ge que fox de ce dire,
Car ge sai bien que tire à tire
Mes paroles toutes dirés,
Quant vous de moi départirés;
As ribaus vous irés clamer,
Et me porrés faire entamer
Le rend si léger, si crédule, 9579
Que chacun se croit un Hercule,
Un Samson, au moins un Roland.
Or les deux premiers, ci-devant,
Avaient, si bien me le rappelle,
Semblable force corporelle.
Car avait Hercule, selon
L'auteur Solin, sept pieds de long,
Et jamais homme, il nous l'assure,
N'atteignit si haute stature.
Moult grands travaux il entreprit,
Douze horribles monstres vainquit,
Mais quand eût vaincu le douzième
Ne put surmonter le treizième[115b].
Ce fut cette Déjanira,
Son amante, qui déchira
Sa chair de venin toute éprise
Par la venimeuse chemise.
Ainsi, ce héros valeureux
Et si fort et si courageux,
Hercule, fut par une femme
Dompté; du reste, de sa flamme
Amour déjà, pour Iolé[116b],
Avait ce grand coeur affolé.
Ainsi Samson qui pas dix hommes
N'eût redouté plus que dix pommes,
Ses longs cheveux s'il avait eu,
Fut par sa Dalila déçu.
Mais je suis fol de ce vous dire;
Car je sais bien que tire à tire
Mes paroles répéterez,
Quand de moi vous départirez.
Tous ces ribauds vous feront fête;
Vous me ferez briser la tête,
La teste, ou les cuisses brisier, 9549
Ou les espaules encisier,
Se jà poés à eus aler;
Mès se g'en puis oïr parler
Ains que ce me soit avenu,
Et li bras ne me sunt tenu,
Ou le pestel ne m'est ostés[117],
Je vous briserai les costés.
Ami, ne voisin, ne parent,
Ne vous en seront jà garent,
Ne vostre leschéor méismes.
Las! por quoi nous entrevéismes?
Las! de quel hore fu-ge nés
Quant en tel vilté me tenés?
Que cil ribaut mastin puant,
Qui vous vont flatant et chuant,
Sunt si de vous seignor et mestre,
Dont seus déusse sires estre,
Par qui vous estes soustenuë,
Vestue, chaude et péuë,
Et vous me faites parçonniers[118],
Ces ors ribaus, ces pautonniers,
Qui ne vous font se honte non,
Tolu vous ont vostre renom,
De quoi garde ne vous prenés
Quant entre vos bras les tenés;
Par devant dient qu'il vous aiment,
Et par derriers putain vous claiment,
Et dient ce que pis lor semble,
Quant il resunt entr'eus ensemble,
Comment que chascuns d'eus vous serve,
Car bien congnois toute lor verve.
Sans faille bien est vérités,
Quant à lor bandon vous metés,