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A grands coups les cuisses casser, 9613
Ou les épaules dépécer,
Si je vous laisse vers eux rendre.
Mais si je puis avant l'apprendre
Que cela ne soit advenu,
Et si mon bras n'est retenu,
Et si ce bâton l'on ne m'ôte[117b],
Je vous veux briser mainte côte.
Ami, ni voisin, ni parent,
Ni même votre beau galant
Ne sauraient mater ma colère.
Maudite soit l'heure naguère
Où pour mon malheur je vous vis
Qui me tenez en tel mépris!
Or ces ribauds, chiens détestables,
Parce qu'ils sont flatteurs, aimables,
Sont de vous maîtres et seigneurs.
A moi, vous devez vos faveurs,
Par qui vous êtes soutenue,
Nourrie et chaussée et vêtue;
Sans pudeur vous m'associez
Tous ces ribauds, vils putassiers,
Qui vous ont de honte abîmée
Et ravi votre renommée,
Mais garde guère n'y prenez,
Quand dans vos bras vous les tenez.
Comment que chacun d'eux vous serve,
Je connais bien toute leur verve;
Devant ils vous aiment tout plein,
Derrière ils vous nomment putain,
Et disent ce que pis leur semble
Une fois qu'ils sont seuls ensemble.
Et vraiment trop le méritez
Quand à leur merci vous mettez;

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Il vous sevent bien metre à point, 9583
Car de dangier en vous n'a point.
Quant entrée estes en la foule,
Où chascun vous hurte et defoule,
Il me prent par foi grant envie
De lor solas et de lor vie[119].
Mès sachiés, et bien le recors,
Que ce n'est pas por vostre cors,
Ne por vostre donoiement,
Ains est por ce tant solement
Qu'il ont le desduit des joiaus,
Des fremaus d'or et des aniaus,
Et des robes et des pelices
Que ge vous lais cum fox et nices:
Car quant vous alés as karoles,
Ou à vos assemblées foles,
Et ge remains cum fox et yvres,
Vous i portés qui vaut cens livres
D'or et d'argent sor vostre teste,
Et commandés que l'en vous veste
De camelot, de vair, de gris,
Si que trestous en amegris,
De maltalent et de souci,
Tant m'en esmai, tant m'en souci.
Que me revalent ces gallendes,
Ces coiffes à dorées bendes,
Et ces diorez trecéors,
Et ces yvorins miréors,
Ces cercles d'or bien entailliés,
Précieusement esmailliés,
Et ces corones de fin or
Dont enragier ne me fine or,

[p.335]

Tout leur vouloir ils vous font faire, 9647
Car vous ne vous défendez guère.
Quand dans la foule entrez ainsi
Où chacun vous foule à l'envi,
Il me prend parfois grande envie
De leur soulas et de leur vie[119b].
Mais je ne vous le cache pas,
Ils ne sont point pour vos appas
Séduits ni par votre jactance,
Mais purement par l'éloquence
De vos parures et joyaux,
Des chaînes d'or et des anneaux,
Des manteaux et robes de soie
Que, comme un sot, je vous octroie.
Car lorsque vous vous en allez
A vos karoles et balez
Parmi mainte folle assemblée,
Je reste seul en recelée
Comme un ivrogne ou comme un fol,
Et vous, pour cent livres au col
D'or ou d'argent et sur la tête
Portez et voulez qu'on vous vête
De vair, de camelot, de gris,
Tant que tretout j'en amaigris
De colère et de jalousie,
Tant m'en émeus et m'en soucie!
Que me servent ces oripeaux,
Ces coiffes d'or et ces bandeaux,
Et tous ces tressoirs dorés, voire
Encor ce beau miroir d'ivoire,
Ces cercles d'or si bien taillés,
Précieusement émaillés,
Ces fermails d'or à pierres fines,
A votre col, à vos poitrines,

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Tant sunt beles et bien polies, 9615
Où tant a beles perreries,
Saphirs, rubis et esmeraudes,
Qui si vous font les chieres baudes?
Ces fremaus d'or à pierres fines
A vos cols et à vos poitrines,
Et ces tissus et ces ceintures
Dont tant coustent les ferréures
Que l'or, que les pelles menuës
Que me valent tex fanfeluës?
Et tant estroit vous rechauciés,
Que la robe sovent hauciés
Por montrer vos piés as ribaus.
Ainsinc me confort saint Tibaus!
Que tout dedans tiers jors vendrai,
Et vile et sous piés vous tendrai:
N'aurés de moi, par le cors Dé,
Fors cote et sorcot de cordé,
Et une gonele de chanvre,
Mès el ne sera mie tanvre,
Ains sera grosse et mal tissuë,
Et descirée et desrompuë,
Qui qu'en face ne duel ne pleinte:
Et par mon chief, vous serés ceinte,
Mès, dirés-vous, de quel ceinture?
D'un cuir tout blanc sans ferréure;
Et de mes housiaus anciens
Aurés grans solers à liens[120],
Larges à metre grans panufles.
Toutes vous osterai ces trufles,
Qu'el vous donnent occasion
De faire fornicacion:
Si ne vous irés plus monstrer
Por vous faire as ribaus voustrer.

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Ces belles couronnes d'or fin 9681
Qui me font enrager enfin,
Tant sont belles et bien polies,
Où sont tant belles pierreries,
Saphirs, émeraudes, rubis,
Qui vous font des airs si ravis?
Et ces tissus et ces ceintures
Dont me coûtent les garnitures
Autant que les perles et l'or,
A quoi me servent-ils encor?
A quoi cette étroite chaussure
Qui tant vous fait outre mesure
Montrer la jambe à ces ribauds?
Ainsi, me garde saint Thibaus!
Avant que le tiers jour s'écoule,
Il faut aux pieds que je vous foule!
Par le corps Dieu! de moi n'aurez
Ni robes, ni bandeaux dorés,
Mais cote et robe mal tissée
Toute en lambeaux et dépecée,
Et de simple chanvre un manteau,
Je vous jure, élégant ni beau,
Combien qu'en fassiez deuil et plainte,
Et par mon chef, vous serez ceinte,
Et de quelle ceinture encor?
D'un cuir tout blanc sans fermail d'or,
Et pour vous de mes vieilles guêtres
Je ferai souliers à lacs, maîtres[120b]
Souliers à mettre grands chaussons.
Vite ces oripeaux laissons
Qui vous poussent à l'adultère
Et à fornication faire.
Adonc plus n'irez vous montrer,
Ni sous ces ribauds vous vautrer.