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Mès or me dites sans contrueve,9649
Cele autre riche robe nueve
Dont l'autre jor si vous parastes,
Quant as karoles en alastes,
(Car bien congnois, et raison ai,
Qu'onques cele ne vous donnai),
Par amors, où l'avés-vous prise?
Vous m'avés juré saint Denise
Et saint Philebert et saint Pere,
Qu'el vous vint de par vostre mere
Qui le drap vous en envoia;
Car si grant amor à moi a,
Si cum vous me faites entendre,
Que bien vuet ses deniers despendre[121]
Por moi faire les miens garder.
Vive la face-l'en larder,
L'orde vielle putain prestresse,
Maquerele et charroieresse,
Et vous avec par vos merites,
S'il n'est ainsinc comme vous dites!
Certes ge li demanderai:
Mès en vain me travaillerai,
Tout ne me vaudrait une bille,
Tel la mere, tele la fille.
Bien sai, parlé avés ensemble,
Andui avés, si cum moi semble,
Les cuers d'une verge touchiés;
Bien voi de quel pié vous clochiés.
L'orde vielle putain fardée
S'est à vostre acord acordée:
Autrefois à ceste hart torse
De mains mastins a esté morse,
Tant a divers chemins traciés;
Mès tant est ses vis effaciés,

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Or dites-moi sans tricherie, 9715
Cette robe neuve et jolie
Dont l'autre jour vous vous pariez
Quant aux karoles vous alliez,
Par amour, où l'avez-vous prise?
Car celui qui vous l'a remise
N'est pas moi, j'en suis assuré.
Par saint Denis m'avez juré,
Saint Philibert et le Saint-Père,
Qu'elle vous vint de votre mère
Qui le drap vous en envoya;
Car pour moi si grand amour a
Qu'elle aime mieux, à vous entendre,
Pour mon bien garder et défendre,
Donner le sien sans calculer.
Puisse-t-on vive la brûler,
L'orde vieille putain prêtresse,
La maquerelle, la diablesse,
Et vous avec, pour vos hauts faits,
Si vos serments ne sont pas vrais!
Vous deux ne valez une bille,
Car telle mère, telle fille.
Au fait je lui demanderai;
Mais en vain me travaillerai,
Car parlé vous avez ensemble,
Et vos deux coeurs sont, il me semble,
D'une même verge touchés.
Bien vois de quel pied vous clochez,
Et la vieille putain fardée
S'est avec vous bien accordée.
Car autrefois, je le sais bien,
Elle usa du même moyen;
A la même corde pendue,
Elle fut de maint chien mordue

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Que ne puet riens faire de soi, 9683
Si vous vent ores, bien le soi.
El vient céans, et vous emmaine
Trois fois ou quatre la semaine,
Et faint noviaus pelerinages
Selonc les anciens usages,
Car g'en sai toute la covine,
Et de vous promener ne fine,
Si cum l'en fait destrier à vendre,
Et prent et vous enseigne à prendre.
Cuidiés que bien ne vous congnoisse?
Qui me tient que ge ne vous froisse
Les os cum à poucin en paste,
A ce pestel ou à cest haste?


LII
Comment le Jaloux se débat
A sa femme et si fort la bat,
Que robe et cheveulx luy descire,
Par sa jalousie et par ire.
Lors la prent espoir de venuë
Cil qui de maltalent tressuë,
Par les tresses et sache et tire,
Les cheveus li ront et descire
Li jalous, et sor li s'aorse
Por noient fust lyon sor orse;
Et par tout l'ostel la traïne
Par corrous et par ataïne,
Et la ledenge malement;
Ne ne vuet por nul serement

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Dans les chemins qu'elle a tracés. 9749
Mais ses traits sont tout effacés,
Et ne pouvant plus rien prétendre,
Elle va maintenant vous vendre.
Elle vient céans, et par mois
Vous emmène onze ou douze fois,
Et feint nouveaux pèlerinages,
Suivant les anciens usages
(Car je connais tout son latin),
Vous promène soir et matin
Comme on fait un cheval à vendre,
Et prend et vous enseigne à prendre.
Croit-on à ce point m'abuser?
Qui me retient de vous briser
Les os, comme à poussin en pâte,
De ce bois, de ce fer, ingrate!