Les blâmer, car si laissé l'eurent, 10437
C'est qu'amener ils ne le purent.
LV
Comment l'Amant sans plus tarder,
Prend congé d'Ami pour sonder
Les abords et choisir la voie
Par où Bel-Accueil il revoie.
D'Ami je pris incontinent
Congé, puis tout seul m'ébattant
M'en allai descendant la prée
D'herbe et de fleurs enluminée,
Écoutant des doux oiselets
Les chants joyeux et novelets.
Combien j'étais heureux d'entendre
Leur babil si doux et si tendre!
Mais une chose m'assombrit:
C'est que de fuir Ami m'a dit
Le castel et la tour maudite
Et que m'ébattre autour j'évite.
Ne sais si tenir m'en pourrai,
Car toujours aller y voudrai.
Lors marchant à ma fantaisie,
Je quittai la droite partie
Et vers la gauche fus soudain,
Pour chercher le plus bref chemin.
De grand coeur je cherche la route
Et m'y enfoncerai sans doute,
De plein élan sans contredit,
Si plus fort ne me contredit,
Pour Bel-Accueil de prison traire,
Le franc, le doux, le débonnaire.
Dès que ge verrai le chastel 10387
Plus fiéble qu'ung rosti gastel,
Et les portes seront ouvertes,
Ne nus nes me deffendra certes;
J'aurai bien le déable où ventre,
Se nel' pren et se ge n'i entre.
Lors sera Bel-Acueil délivres;
N'en prendroie cent mile livres;
Ce vous puis por voir affichier,
S'en cel chemin me puis fichier:
Toutevois du chastel m'esloing,
Mais ce ne fus pas de trop loing.
Dès que je verrai le château 10467
Plus faible qu'un rôti gâteau
Et les portes grandes ouvertes,
Nul ne me les défendra, certes,
Et le diable au ventre j'aurai
S'il ne se rend quand je voudrai.
Je vous en donne l'assurance,
Si dans le bon chemin j'avance,
Bel-Accueil sera délivré,
Cent mille livres n'en prendrai!
Du castel pourtant, par prudence,
Je me tiens à quelque distance. 10478