Clément Marot, dans ses épigrammes, appelle ainsi deux de ses créanciers:

Sire Michel, sire Bonaventure.

Le messire que les gens de qualité ajoutent à leurs titres est composé de mon et de sire: il faut observer que si le messire mis devant un nom de baptême n'est pas suivi du nom propre, il désigne presque toujours un roturier. Les personnes de qualité se sont imaginé que le Monsieur suivi du nom de famille produisoit à peu près le même effet; et quand ils parlent à un bourgeois titré (comme ils l'appellent très-improprement), ils ne manquent jamais de lui dire: Bonjour, Monsieur un tel. Cet abus n'est pas nouveau. Ménage, fort alerte sur les bienséances, s'en plaignoit déjà; il dit: «Qu'un seigneur qui faisoit une chère fort délicate l'invitoit souvent à sa table, mais qu'il avoit la mauvaise habitude de l'appeler toujours par son nom, comme s'il eût craint qu'il ne l'oubliât.»

Les gens de fortune, qui sont les singes des grands, en usent souvent ainsi avec des personnes à qui ils doivent du respect.

J'observerai, avant que de finir cet article, que le messire est devenu si commun, que des gens dont les pères ont passé les trois-quarts de leur vie, et quelquefois leur vie entière dans la roture, croiroient informes les actes qu'ils passent, si le messire ne précédoit pas d'autres titres aussi chimériques que leurs marquisats ou leurs comtés. (Lantin de Damerey.)

Nous ne nous permettrons d'ajouter qu'un mot [p.390] à cette note déjà bien longue: c'est que messire n'est point formé de mon et de sire, mais bien de mes et de sires, au singulier, comme on le voit ici: il est mes sires. Enfin sinre, sire, vient de senior; seniorem a formé: seigneur.

Note 4, pages [16]-[17].

Vers 4509-4521. Homme-lige. Vassal qui tient un fief qui le lie envers son seigneur d'une obligation plus étroite que les autres.

Homo ligius, dans la basse latinité. L'Amant étoit devenu l'Homme-lige de l'Amour, et lui avoit rendu hommage de la bouche et des mains, c'est-à-dire qu'il ne lui étoit plus permis de rien dire, ni de rien faire contre le service de ce Dieu. Telle étoit la forme qui s'observoit dans les hommages du temps de saint Louis: «Le Seigneur prenoit entre ses deux paulmes les mains de son vassal jointes, lequel à genoux, nuë tête, sans manteau, ceinture, épée ne éperons, disoit: «Sire, je deviens vôtre homme de bouche et de mains, et promets foy et loyauté, et de garder vôtre foy à mon pouvoir, à vôtre semonce ou à celle de vôtre bailly à mon sens.» Cela dit, le seigneur baisoit le vassal sur la bouche.» (Fauchet, Des Fiefs, selon l'usage du Châtelet de Paris.)

On trouve dans le Roman de Lancelot que lorsqu'on prenoit possession d'un fief, et que l'on en étoit revêtu, on s'agenouilloit devant le seigneur-lige, et on lui baisoit le soulier, et le vassal qui étoit investi du fief recevoit le gand de son seigneur; et au vers 2003 de ce Roman, on lit que l'Amour refusa un pareil hommage. Il est rapporté dans une [p.391] Cronique «que Raoul, en faisant hommage de la Normandie à Charles-le-Simple, ne voulut mettre le genoüil en terre pour baiser le pied du Roi; il fallut que Charles le lui apportât à la bouche:» ce qui est une marque des anciens hommages, tels qu'on les rendoit dès le temps de Charles-Magne. (Fauchet, Antiquités françoises, livre XI.) (Lantin de Damerey.)