Car verais repentans ja iert,12939.
Et cil par la gorge l'aiert,
A deus poins l'estraint, si l'estrangle
Si li a toluë la jangle;
La langue à son rasoer li oste.
Ainsinc chevirent de lor oste,
Ne l'ont autrement enossé,
Puis le tumbent en ung fossé;
Sans deffense la porte quassent,
Quassée l'ont, outre s'en passent.
Si troverent leans dormans
Trestous les sodoiers Normans,
Tant orent béu à guersai[50].
Du vin que ge pas ne versai:
Eus méismes l'orent versé
Tant que tuit furent enversé:
Ivres et dormans les estranglent,
Jà ne seront mès tex qu'il janglent.
LXIX
Comment Faulx-Semblant, qui conforte:
Maint Amant, passa tost la porte
Du chastel, avecques sa mie,
Aussi Largesse et Courtoisie.
Ez-vous Cortoisie et Largece
La porte passent sans parece:
Si sunt là tuit quatre assemblé,
Repostement et en emblé.
La vielle qui ne s'en gardoit,
Qui Bel-Acueil pieça gardoit,
Ont tuit quatre ensemble véuë:
De la tor estoit descenduë,
Vraiment repentant de sa faute.13059.
Semblant à la gorge lui saute,
Son caquet rabat à deux poings
En l'étranglant, ni plus ni moins,
Et sa langue du rasoir ôte.
Après avoir ainsi leur hôte
Sans plus de façon terrassé,
Ils le jettent dans le fossé,
Sans défense la porte cassent
Et, quand fut cassée, outrepassent.
Tretous étaient léans dormants
Ivres-morts les soudards normands;
A tire-larigot tant burent[50b].
De vin, que tous renversés furent;
Ce n'est pas moi qui leur versai,
Eux-mêmes se l'étaient versé.
En leur sommeil il les égorgent,
Crainte n'est que mensonges forgent.
LXIX
Comment avecque son amie
Et puis Largesse et Courtoisie,
Passe la porte Faux-Semblant
Qui reconforte maint amant.
Soudain Courtoisie et Largesse
La porte passent sans paresse;
Ils se sont tous quatre assemblés,
Puis en silence faufilés.
Ensemble ils ont la Vieille vue
Du haut de sa tour descendue,
Qui Bel-Accueil léans gardait.
De rien elle ne se doutait
Si s'esbatoit parmi le baile;12969.
D'un chaperon en leu de vaile,
Sor sa guimple ot covert sa teste.
Contre li corurent en heste,
Si la vous assallent tuit quatre.
El ne se volt pas faire batre,
Quant les vit tous quatre assemblés:
La Vieille.
Par foi, dist-ele, vous semblés
Bonne gent, vaillant et cortoise:
Or me dites, sans faire noise,
Si ne me tiens-ge pas por prise,
Que querez en ceste porprise.
Les quatre respondent:
Por prise, douce mere tendre!
Nous ne venons pas por vous prendre,
Mès solement por vous véoir;
Et s'il vous puet plaire et séoir,
Nos cors offrir tout plenement
A vostre douz commandement,
Et quanque nous avons vaillant,
Sans estre à nul jor deffaillant:
Et s'il vous plesoit, douce mere,
Qui ne fustes onques amere,
Requerre vous qu'il vous pléust,
Sans ce que nul mal i éust,
Que plus laiens ne languissist
Bel-Acuel, ainçois s'en issist
O nous ung petitet joer,
Sans ses pieds gaires emboer;