Nul ne l'égale sur ce point.13385.
Ce chapel ne refusez point,
Les fleurs sentent mieux que dictame.
L'Auteur.
Non, car j'en craindrais avoir blâme,
Dit Bel-Accueil, qui tout frémit
Et tremble, et tressaille, et gémit,
Rougit, pâlit, perd contenance;
Et la Vieille aux poings le lui lance
Et veut de force lui donner,
Car la main il n'ose y tourner,
Et répond, cherchant une excuse:
«Il vaut mieux que je le refuse.»
Mais le voudrait déjà tenir,
Quoiqu'il en dût puis advenir.
Bel-Accueil.
Moult est beau, fait-il, sur mon âme,
Le chapel; mais pour moi, dame,
Mieux vaudrait avoir mes habits
Tretous brûlés que l'avoir pris.
Car soit posé que je le prenne,
Que dirons-nous à la vilaine
Jalousie? Elle enragera
Et d'ire le déchirera
Sur mon chef, bien sûr, pièce à pièce;
Et puis m'occira, la traîtresse,
Sachant qu'il m'est de là venu,
Ou serai pris et plus tenu
Que ne fus oncques en ma vie:
Soit posé que m'échappe et fuie
En quel lieu pourrai-je m'enfuir?
Tout vif me verrez enfouir

[p.196]

Se ge sui pris après la fuite;13289.
Si croi-ge que j'auroie suite,
Si seroie pris en fuiant,
Tout li monde m'iroit huiant.
Nel' prendrai pas.
La Vieille.
Si ferés, certes:
Jà n'en aurés blasme ne pertes.
Bel-Acueil.
Et s'ele m'enquiert dont ce vint?
La Vieille.
Responses aurés plus de vint.
Bel-Acueil.
Toutevois s'el le me demande,
Que puis-ge dire à sa demande?
Se g'en sui blasmé ne repris,
Où diré-ge que ge le pris?
Car il le me convient respondre,
Ou aucune mensonge espondre.
S'el le savoit, ce vous plevis,
Mieulx vodroie estre mors que vis.
La Vieille.
Que vous direz? se nel' savez,
Se meillor response n'avez,
Dites que ge le vous donné:
Bien savés que tel renon é,
Que n'aurés blasme ne vergoigne
De riens prendre que ge vous doigne.

[p.197]

Si je suis pris après ma fuite,13415.
Car j'aurais, je crois, bonne suite
Et tôt serais pris en fuyant,
Tout le monde m'irait huant.
Non, je ne puis.
La Vieille.
Vous le prendrez, certe,
Et n'en aurez blâme ni perte.
Bel-Accueil.
S'il faut dire dont il me vint?
La Vieille.
Réponses aurez plus de vingt.
Bel-Accueil.
Pourtant, s'elle me le demande,
Que répondrai-je à sa demande?
Si blâmé j'en suis et repris,
Où dirai-je que je l'ai pris?
A répondre il faut que je songe
Ou préparer quelque mensonge.
S'elle l'apprend, c'est positif,
Mieux vaudrait être mort que vif.
La Vieille.
Ce que vous direz? A cette heure,
Si n'avez réponse meilleure,
Dites que je vous l'ai donné.
Mon nom ne sera soupçonné,
Blâme n'aurez, Dieu me pardonne,
Pour prendre ce que je vous donne.

[p.198]

LXXI
Comment, tout par l'enhortement13311.
De la Vieille, joyeusement
Bel-Acueil receut le chappel,
Pour erres de vendre sa pel.
L'Acteur.
Bel-Acueil, sans dire autre chose,
Le chapel prent, et si le pose
Sor ses crins blons, et s'asséure.
Et la Vielle li rit, et jure
S'ame, son cors, ses os, sa pel,
C'onc ne li fist si bien chapel.
Bel-Acueil sovent se remire,
Dedens son miréoir se mire
Savoir s'il est si bien séans.
Quant la Vielle voit que leans
N'avoit fors eus deus solement,
Lez li s'assiet tout belement,
Si li commence à préeschier.
La Vieille.
Ha, Bel-Acueil! tant vous ai chier,
Tant estes biaus et tant valez!
Mon tens jolis est tous alez,
Et li vostres est à venir.
Poi me porrai mès soustenir
Fors à baston ou à potence;
Vous estes encor en enfance,
Si ne savés que vous ferés.
Mès bien sai que vous passerés

[p.199]

LXXI
Ici, par l'encouragement13437.
De la Vieille, joyeusement
Bel-Accueil va le chapel prendre,
Arrhes prenant pour sa peau vendre.
L'Auteur.
Bel-Accueil se tait et joyeux
Aussitôt sur ses blonds cheveux
Le chapel pose et se rassure,
Et la Vieille lui rit et jure
Son cœur, son corps, ses os, sa peau,
Qu'il n'eut onques chapel si beau.
Et Bel-Accueil souvent s'admire
Et dedans son miroir se mire
Pour voir comme il est gent ainsi.
Lors la Vieille voyant que ci
Seuls tous deux sont en tête-à-tête,
Près de lui s'assied guillerette
Et lors commence à lui prêcher:
La Vieille.
Ha! Bel-Accueil, que m'êtes cher!
Que de beauté, que de mérite!
Mon bon temps s'est écoulé vite;
Le vôtre est encore à venir.
Il faudra tôt me soutenir
Sur mon bâton ou ma potence,
Vous êtes encor dans l'enfance
Et ne savez ce que ferez.
Mais bien sais que vous passerez

[p.200]