Amour.
Certes, mais tu es trop changeant,10773.
Ton cœur n'est pas assez constant,
Mais trop malement plein de doute,
Bien en sais la vérité toute.
L'autre jour me laisser voulais,
Pour un peu ravi tu m'aurais
Mon hommage, et tu fis d'Oyseuse
Et de moi plainte douloureuse,
Et d'Espérance tu disais
Qu'elle n'est certaine jamais;
Tu tenais pour un fol caprice
De demeurer à mon service
Et même à Raison te rendais;
N'était-ce pas d'un cœur mauvais?
L'Amant.
Sire, merci! Je le confesse.
Mais vôtre je restai sans cesse,
Et fis même, bien m'en souvient,
Mon testament, comme il convient
A ceux qui sont en votre hommage.
Ne m'en tint pas, c'est vrai, pour sage,
Mais m'en reprit moult malement
Et me sermonna longuement
Raison, quand à moi fut venue,
Mais aussi je ne l'ai pas crue.
Pourtant elle faillit mon cœur,
Tant mit d'éloquence et d'ardeur,
Arracher à votre service,
Et, je le dis sans artifice,
Douter me fit. Mais je promets
De ne plus l'écouter jamais
A chose qui contre vous aille10717.
Ne contre autre qui gaires vaille,
Se Dieu plest, quoi qu'il m'en aviengne,
Tant cum mes cuers à vous se tiengne,
Qui bien s'i tendra, ce sachiés,
S'il ne m'est du cors arrachiés.
Forment néis, maugré m'en sai
De tant qu'onques le me pensai,
Et qu'audience li donné;
Si pri qu'il me soit pardonné,
Car ge, por ma vie amender,
Si cum vous plest à commander,
Voil, sans jamès Raison ensivre,
En vostre loi morir et vivre.
N'est riens qui de mon cuer l'efface,
Ne jà por chose que je face,
Atropos morir ne me doigne
Fors en faisant vostre besoigne;
Ains me prengne en méisme l'euvre
Dont Venus plus volentiers euvre:
Car nus n'a, de ce ne dout point,
Tant de délit cum en ce point;
Et cil qui plorer me devront,
Quant ainsinc mort me troveront,
Puissent dire: Biaus dous amis,
Tu qui t'es en ce point là mis,
Or est-il voirs, sans point de fable,
Bien est ceste mort convenable
A la vie que tu menoies,
Quant l'ame avec ce cors avoies.
Le Dieu d'Amours.
Par mon chief, or dis-tu que sage:
Or voi-ge bien que mon hommage
(Contre vous combien qu'elle braille,10803.
Ni contre autre, si peu qu'il vaille),
Jamais, à Dieu tant qu'il plaira,
Tant que mon cœur à vous sera
Qui pour toujours à vous s'attache,
Du corps à moins qu'on ne l'arrache!
Mauvais gré, voire je me sai,
Lorsqu'audience lui donnai,
De l'avoir seulement ouïe.
Pardonnez-moi, je vous en prie,
Car pour mes péchés amender,
Quoi qu'il vous plaise commander,
Je veux, sans jamais Raison suivre,
En votre loi mourir et vivre.
N'est rien qui l'efface en mon cœur,
Et pour moi le plus grand bonheur
C'est qu'Atropos la mort m'envoie
Tandis qu'à vous servir m'emploie,
Emmi le travail savoureux
Où Vénus se complaît le mieux;
Car il n'est, je n'en ai doutance,
De plus parfaite jouissance.
Que ceux qui pleurer me devront
Quand ainsi mort me trouveront,
Puissent dire: Sans nulle fable
Ta mort fut en tout point semblable
A la vie, ami, que menais
Quand l'âme avec ce corps avais!
Le Dieu d'Amours.
Par mon chef, tu parles en sage.
Or je vois bien que mon hommage
Est en toi moult bien emploiés;10749.
Tu n'es pas des faus renoiés,
Des larrons qui le me renoient
Quant il ont fait ce qu'il queroient.
Moult est enterins tes corages,
Ta nef vendra, quant si bien nages,
A bon port, et gel' te pardon
Plus par prière que par don,
Car ge n'en voil argent ne or;
Mès en leu de confiteor,
Voil ains que tu vers moi t'acordes,
Que tous mes commans me recordes:
Car dix en tendra cist Rommans
Entre deffenses et commans;
Et se bien retenus les as,
Tu n'as pas geté ambesas.
Di-les.
LVIII
Comment l'Amant, sans plus attendre,
Veult à Amours sa leçon rendre.
L'Amant.
Volentiers. Vilenie
Doi foïr, et que ne mesdie;
Salus doi tost donner et rendre;
A dire ordure ne doi tendre;
A toutes femmes honorer
M'estuet en tous tens laborer;
Orgoil foïr; cointe me tiengne,
Jolis et renvoisiés deviengne;