Vers 20253-20518. Tables. Ce sont les tablettes sur lesquelles les anciens écrivaient avec un poinçon.[p.403] On dit au figuré et proverbialement: «C'est bien; je l'inscris sur mes tablettes.»

Note 59, page [234].

Vers 20333. Pour la deuxième fois, nous voyons le verbe respondre affecter la conjugaison de répondre. Nous avons déjà signalé cette licence. Toutefois, il nous vient un scrupule. Nous avons pu constater souvent combien maître Jehan de Meung se laissait entraîner à jouer sur les mots. Le calembourg, passez-moi le mot, était son péché mignon. Nous sommes donc revenu de notre opinion première, et nous croyons qu'il ne faut voir dans responnez, au vers 15802, et dans respoigne, autre chose que le subjonctif de respondre, non dans le sens de répliquer, mais d'exposer, expliquer. Ce dernier verbe ne viendrait pas de respondere, mais de re exponere, et sa conjugaison serait identique à celle de répondre, dérivé de re et ponere. Ces trois verbes se confondirent en une seule et même conjugaison par la suite, comme le prouvent nos verbes modernes pondre et répondre. (Voyez l'introduction au Glossaire.)

Note 60, pages [234]-[235].

Vers 20335-20603. Devin. Nous avons conservé ce mot pour laisser au vers sa physionomie originale et subsister le jeu de mots; mais aujourd'hui le sens nous échappe. C'est encore une malice de Jehan de Meung et même, jusqu'à un certain point, une satire virulente contre la subtilité du clergé en matière de dogmes. N'oublions pas que devin signifiait[p.404] à la fois devin, dans le sens qu'il a conservé, et théologien. (Voyez la note 23, tome III.) Le véritable sens de ce passage, voilé sous une fine ironie, serait plutôt: «Je laisse les théologiens s'user à débrouiller cette énigme, s'ils le peuvent, car ils s'épuisent en vains efforts.» Aussi avions-nous traduit tout d'abord:

A l'Église laissons le soin,
S'elle peut, d'éclaircir ce point.

Toute réflexion faite, nous avons conservé le mot devin.

Note 61, pages [234]-[235].

Vers 20359-20627. Orphéus, fils d'Apollon et de Calliope, ou, selon d'autres mythologistes, d'Æagre, fleuve de Thrace, et de la muse Polymnie. Après la perte de sa chère Eurydice, qu'une curiosité déplacée empêcha de revoir la lumière, grâce singulière que les talens de son mari avoient obtenue de Pluton et de Proserpine, Orphée conçut pour le sexe un si grand dégoût, qu'il ne voulut plus entendre parler des femmes. On dit que ce fut lui qui apprit aux peuples de Thrace à mépriser les femmes pour les garçons, et qu'il fut le premier auteur d'un amour si détestable. Les Bacchantes, piquées du mépris qu'Orphée avoit inspiré pour elles aux hommes, le déchirèrent de leurs propres mains. Bacchus, en l'honneur de qui ce poëte avoit célébré plusieurs orgies, ne laissa point ce crime impuni: il changea en arbres ces femmes parricides. (Lantin de Damerey.)

[p.405] Note 62, pages [238]-[239].