Et leur lit ainsi maculé,18895
De vase et de flots inondé.
Et les folets et les dryades
Ont les cœurs de deuil si malades
Qu'ils se tiennent tretous pour pris,
Voyant leurs bosquets envahis,
Et se plaignent des dieux des fleuves
Qui leur font violences neuves,
Et sans raison, et sans forfait,
Ne leur ayant oncques mal fait.
Lors des prochaines basses villes
Qu'ils tiennent pour chétives, viles,
Hôtes deviennent les poissons.
Partout, granges, celliers, maisons,
Demeures saintes, respectées,
Sont de ces intrus visitées;
Aux temples des dieux immortels,
Ils profanent tous les autels
Et chassent des chambres obscures
Les dieux privés et leurs figures.
Et lorsque vient le temps serein
Dissiper le mauvais enfin,
Lorsqu'aux cieux déplaît et ennuie
Temps de tempête et temps de pluie,
A l'air ils ôtent son courroux
Pour revoir son sourire doux.
Quand les nuages s'aperçoivent
Que l'air si réjoui reçoivent,
Adonc se réjouissent-ils,
Et pour être avenants, gentils,
Se font, leurs douleurs oubliées,
Robes de couleurs variées,
Et mettent leurs toisons sécher
Au beau soleil plaisant et cher,
Et les vont par l'air charpissant18685
Au tens cler et resplendissant;
Puis filent, et quant ont filé,
Si font voler de lor filé
Grans aguillies de fil blanches,
Ausinc cum por coudre lor manches.
Et quant il lor reprent corage
D'aler loing en pelerinage,
Si font ateler lor chevaus,
Montent et passent mons et vaus,
Et s'en fuient comme desvans[35]:
Car Eolus li diex des vens,
(Ainsinc est cis diex apelés)
Quant il les a bien atelés,
Car il n'ont autre charretier
Qui sache lor chevaus traitier,
Lor met es piez si bonnes eles,
Que nus oisiaus n'ot onques teles.
Lors prent li air son mantel inde,
Qu'il vest trop volentiers en Inde,
Si s'en afuble, et si s'apreste
De soi cointir et faire feste,
Et d'atendre en biau point les nuës,
Tant qu'eles soient revenuës,
Qui por le monde solacier,
Ausinc cum por aler chacier,
Ung arc en lor poing prendre seulent,
Ou deux ou trois, quant eles veulent,
Qui sunt apelés ars celestre,
Dont nus ne set, s'il n'est bon mestre
Por tenir des regars escole,
Comment li solaus les piole,
Quantes colors il ont, ne queles,
Ne porquoi tant, ne porquoi teles,
Les cardent d'une main rapide18929
Emmi le temps clair et splendide,
Puis filent, et quand de filer
Cessent, du rouet font voler
Grandes aiguilles de fil blanches,
Tout comme s'ils cousaient leurs manches,
Et s'il leur plaît d'aller soudain
En pèlerinage lointain,
Lors font atteler leurs cavales,
Et comme des fous, par rafales,
Monts et vaux volent franchissants;
Car Éole, le dieu des vents
(C'est ainsi ce dieu qu'on appelle)
Quand leurs cavales il atelle
(Car il n'ont autres charretiers
Qui soigner sachent leurs coursiers),
Leur met aux pieds si bonnes ailes
Que nul oiseau n'en eut de telles.
L'air alors son bleu manteau prend
Qu'en l'Inde il revêt si souvent,
Et s'en affuble et bien s'apprête
A se parer et faire fête,
En attendant de jour en jour
Des blancs nuages le retour,
Qui lors, pour réjouir la terre,
Comme s'ils voulaient chasse faire,
Prennent soudain un arc au poing,
Ou deux, ou trois, s'il est besoin
(C'est l'arc-en-ciel, son nom l'indique),
De qui nul ne sait, en optique
S'il n'est maître passé, comment
Le soleil les va colorant,
Ce qu'ils ont de couleurs, ni quelles,
Ni pourquoi tant, ni pourquoi telles,
Ne la cause de lor figure.18719
Il li convendroit prendre cure
D'estre desciples Aristote,
Qui trop miex mist Nature en note
Que nus hons puis le teus Caym.
Alhacen li niés Hucaym[36],
Qui ne refu ne fox, ne gars,
Cis fist le livre des Regars.
De ce doit cil science avoir,
Qui vuet de l'arc en ciel savoir,
Car de ce doit estre jugierres
Clerc naturex et cognoissierres,
Et sache de géométrie,
Dont nécessaire est la mestrie
Au livre des Regars prover;
Lors porra les causes trover
Et les forces des miréoirs
Qui tant ont merveilleus pooirs,
Que toutes choses très-petites,
Letres gresles, très-loin escrites,
Et poudres de sablon menuës,
Si grans, si grosses sunt véuës,
Et si près mises as mirens,
Que chascuns les puet choisir ens;
Que l'en les puet lire et conter
De si loing que, qui raconter
Le voldroit, et l'auroit véu,
Ce ne porroit estre créu
D'omme qui véu ne l'auroit,
Ou qui les causes n'en sauroit:
Si ne seroit-ce pas créance,
Puisqu'il en auroit la science.
Mars et Venus qui jà pris furent
Ensemble où lit où il se jurent,
Ni de leur forme la raison.18963
Il lui faudrait prendre leçon
Et disciple être d'Aristote
Qui mieux mit la nature en note
Que nul homme depuis Caïn,
Ou d'Halacen, neveu d'Hucain[36b],
Qui n'était pas fou, mais logique,
Et qui fit le Traité d'optique.
De ceci doit science avoir
Qui veut de l'arc-en-ciel savoir
La nature, car pour en être
Bon juge, il faut à fond connaître
La géométrie, et cet art
Est l'absolu point de départ
Pour prouver ces splendides choses.
Lors il pourra trouver les causes,
Et puis les forces des miroirs
Qui tant ont merveilleux pouvoirs,
Que toutes choses très-petites,
Lettres grêles très-loin écrites,
Atomes de sablons menus,
Et si grands et si gros sont vus,
Et de si près, ne vous déplaise,
Qu'on peut les distinguer à l'aise,
Et qu'on peut les lire et compter
De si loin, que, qui raconter
Voudrait la chose et l'aurait vue,
Elle ne pourrait être crue
D'homme qui point ne la verrait
Et qui les causes n'en saurait:
Et ce ne serait pas croyance
Simple, en ce cas, mais bien science.
Mars et Vénus, qui furent pris
Tous deux ensemble au lit jadis,