Ce sont espèces très-changées16979
Ou bien substances dégagées
De certains corps, soit par notre art,
Soit par Nature d'autre part.
Ainsi pourrait des métaux faire
Qui des corps les saurait extraire,
Puis leur ordure aux ors tirer,
Les réduire et les apurer
Par affinités régulières
A divers corps particulières.
De matière une les ors sont,
N'importe où Nature les fond.
Et tous par diverses manières
Dedans les terrestres minières
Naissent de soufre et vif argent;
La science ainsi nous l'apprend.
Tel donc qui saurait, il me semble,
Combiner les esprits ensemble
Et les contraindre à se mêler,
Sans pouvoir après s'envoler,
Jusqu'à ce qu'aux corps ils entrassent,
Pourvu qu'apurés les trouvassent,
Et, du soufre l'ardeur domptant,
Les colorer en rouge ou blanc,
Aurait par telle connaissance
Tous les métaux en sa puissance.
Ainsi fin or de vif argent
Font naître moult subtilement
Par art, sans plus, nul ne le nie,
Ceux qui sont maîtres d'alchimie,
Puis lui donnent poids et couleur
Par choses de mince valeur,
Et d'or fin pierres précieuses
Refont claires et lumineuses;

En fin argent, par medecines16809
Blanches et tresperçans et fines.
Mès ce ne feroient cil mie
Qui euvrent de sophisterie;
Travaillent tant cum il vivront,
Jà Nature n'aconsivront.
Nature qui tant est soutive,
Combien qu'ele fust ententive
A ses euvres que tant amoit,
Lasse dolente se clamoit
Et si parfondement ploroit,
Qu'il n'est cuer qui point d'amor ait,
Ne de pitié, qui l'esgardast,
Qui de plorer se retardast:
Car tel dolor au cuer sentoit
D'ung fait, dont el se repentoit,
Que ses euvres voloit lessier,
Et du tout son penser cessier,
Mès que tant solement séust
Que congié de son mestre éust:
Si l'en voloit aler requerre,
Tant li destraint li cuers et serre.
Bien la vous vosisse descrire,
Mès mi sens n'i porroit soffire,
Mi sens! qu'ai-ge dit? c'est du mains,
Non feroit voir nus sens humains,
Ne par vois vive, ne par notes,
Et fust Platon ou Aristotes,
Algus, Euclides, Tholomées[6],
Qui tant orent de renommées
D'avoir esté bon escrivain,
Lor engin seroient si vain,

Puis tous les métaux dépouillant17013
De leurs formes, en vif argent
Ils les changent par médecines
Blanches, pénétrantes et fines.
Ce ne peuvent les faux savants
Les imposteurs, les charlatans;
Qu'ils travaillent toute leur vie,
Ils n'atteindront Nature mie.
Nature donc se désolait
Pour ses œuvres que tant aimait,
Et déployait son industrie
Pour les conserver à la vie.
Mais si profondément pleurait
Que nul cœur aimant ne serait
Ni piteux, qui voyant la belle
N'eût voulu pleurer avec elle;
Car telle peine au cœur sentait
D'un péché dont se repentait,
Qu'elle avait perdu tout courage.
Elle eût laissé là son ouvrage
Si seulement elle eût pensé
Que n'en fût son maître offensé.
Peu s'en faut que ne l'en requière,
Tant son cœur s'afflige et se serre.
Volontiers la peindrais céans,
Mais n'y suffirait tout mon sens.
Mon sens! qu'ai-je dit? Ni par note
Ni de vive voix, Aristote
Ni Platon, ni nul sens humain
Ne le pourrait, c'est bien certain.
Algus, Euclide, Ptolémée[6b]
Qui tant avait de renommée
D'avoir été bon écrivain,
Déploierait son esprit en vain,

S'il osoient la chose emprendre,16841
Qu'il ne la porroient entendre,
Ne Pymalion entaillier:
En vain se porroit travaillier
Parrasius, voire Apellés[7]
Que ge moult bon paintre appellés[8],
Biautés de li jamès descrivre
Ne porroit, tant éust à vivre;
Ne Miro, ne Policletus[9],
Jamès ne sauroient cest us.

Zeuxis néis...........
De cinq puceles prist exemple,
Les plus beles que l'en pot querre...
Qui devant li se sont tenuës
Tout en estant trestoutes nuës...
(Page 20, vers 16856.)