Et le saintuaire et l'archiere22025
Jà ne lessasse por l'archiere,
Ne por l'arc, ne por le brandon,
Que ge n'i entrasse à bandon.
Mon pooir au mains en féisse,
A quelque chief que g'en venisse,
Se trovasse qui le m'offrist,
Ou sans plus qui le me soffrist.
Si m'i sui-ge par Diex voés
As reliques que vous oés,
Ou, se Diex plaist, ges requerrai,
Si-tost cum tens et leu verrai,
D'escherpe et de bordon garnis.
Que Diex me gart d'estre escharnis
Et destorbés par nule chose,
Que ne joïsse de la Rose!
Venus n'i va plus atendant;
Le brandon plain de feu ardant
Tout empené lesse voler
Por ceus du chastel afoler;
Mais sachiés qu'ains nule ne nus,
Tant le trait sotilment Venus,
Ne l'orent pooir de choisir,
Tant i gardassent par loisir.

Que si volontiers regardasse,22317
Voire à deux genoux adorasse.
Pour seulement y entrer, non,
Jamais pour l'arc ni le brandon
Ne laisserais, ni pour l'archère,
Ce délicieux sanctuaire.
Si je trouvais qui me l'offrît,
Ou qui, sans plus, me le souffrit,
Je ferais tout, sans aucun doute,
Pour m'en frayer tantôt la route.
Aussi, je veux, s'il plaît à Dieu,
Aller prier en temps et lieu
Aux pieds de ces reliques saintes
Que je vous ai céans dépeintes,
D'écharpe et de bourdon garni.
Me garde Dieu d'être honni
Ou détourné par nulle chose
De jouir enfin de la Rose!
Vénus ne va plus attendant;
Plein de feu, le brandon ardent
Tout empenné part, siffle et vole,
Et tous ceux du castel affole.
Or, tire tant subtilement
Vénus, que nuls assurément,
Tant garde y prissent à grand' cure,
Ne découvriraient la blessure.

Comment ceulx du chastel yssirent
Hors, aussi-tost comme ilz sentirent
La chaleur du brandon Venus,
Dont aucuns joustérent tous nudz.
(Page 340, vers 22049.)

CVIII
Comment ceulx du chastel yssirent22049
Hors, aussi-tost comme ilz sentirent
La chaleur du brandon Venus,
Dont aucuns jousterent tous nudz.
Quant li brandons s'en fu volés,
Es-vos ceus dedens afolés,
Li feus porprent tout le porpris;
Bien se durent tenir por pris.
N'est nus qui le feu rescossist,
Et bien rescorre le vossist.
Tuit s'escrient: Trahi! trahi!
Tuit sommes morts! ahi, ahi!
Foïr nous estuet du païs;
Chascuns giete ses clefz laïs.
Dangiers, li orribles maufés,
Quant il se senti eschaufés,
S'enfuit plus tost que cerf en lande.
N'i a nul d'aus qui l'autre atende:
Chascuns les pans à la ceinture
Met au foïr toute sa cure.
Fuit-s'en Paor, Honte s'eslesse,
Tout embrasé le chastel lesse,
N'onc puis ne volt riens metre à pris,
Que Raison li éust apris.
Estes-vous venir Cortoisie
La preus, la bele, la proisie;
Quant el vit la desconfiture,
Por son filz geter de l'ardure,
Avec li Pitié et Franchise
Saillirent dedens la porprise,

CVIII
Comment ceux du castel sortirent22343
Dehors, aussitôt qu'ils sentirent
Le feu du brandon de Vénus,
Dont aucuns joutèrent tout nus.
Aussitôt que le brandon vole,
Tout le monde aussitôt s'affole.
Le feu prend partout le pourpris,
Et tous soudain se sentent pris.
En vain ils s'efforcent d'éteindre
La flamme, ils n'y peuvent atteindre.
Lors de crier: Trahi! trahi!
Tous sommes morts, ahi! ahi!
Hors du pays gagnons le large!
Chacun de ses clefs se décharge.
Danger, cet horrible démon,
Quand se sent chauffé du brandon,
Plus vite court que cerf en lande;
Nul on ne voit qui l'autre attende.
Les pans à la ceinture, tous
De s'enfuir tôt comme des fous.
Peur s'enfuit, Honte aussi se presse,
Tout embrasé le castel laisse
Et n'estime plus aucun prix
Ce qu'elle a de Raison appris.
Lors voici venir Courtoisie
La prudente, belle et chérie.
La déconfiture voyant,
Pour sauver son fils elle prend
Pitié avec elle et Franchise,
Et parmi le feu, sans remise,