Et selonc lor propriétés16961
Toutes en euvre les metés,
Et bien achevés la besoingne,
Si cum à chascun li besoingne,
D'une folie que j'ai faite,
Dont ge ne me sui pas retraite,
Mès repentance moult m'apresse,
A vous m'en vuel faire confesse.
Genius.
Ma dame, du monde roïne,
Cui toute riens mondaine encline,
S'il est riens qui vous griefve, en tant
Que vous en ailliés repentant,
Ou que néis vous plaise à dire,
De quelconques soit la matire,
Soit d'esjoïr, ou de doloir,
Bien m'en poés vostre voloir
Confesser trestout par lesir,
Et ge tout à vostre plesir,
Fet Genius, metre y vorrai
Tout le conseil que ge porrai,
Et celerai bien vostre affaire,
Se c'est chose qui face à taire.
Et se mestier avés d'assoldre,
Ce ne vous doi-ge mie toldre,
Mais lessiés ester vostre plor.
Nature.
Certes, fet-ele, se ge plor,
Biaus Genius, n'est pas merveille.
Genius.
Dame, toutevois vous conseille

Qui selon leurs propriétés17169
Toutes en œuvre les mettez
Et leur besogne achevez toute
Lorsque suivent la droite route,
Le remords me vient oppresser
Et me veux à vous confesser
D'une faute que j'ai commise
Et qui ne me fut pas remise.
Génius.
Reine du monde, il lui répond,
Devant qui tout courbe le front,
Si quelque chose vous tourmente
Et dont votre cœur se repente,
En moi vous pouvez vous fier;
Ou s'il vous plaît me confier
Quoi que ce soit, plaisir ou peine
Vous pouvez, ma très-douce reine
Vous confesser tout à loisir,
Et moi, tout à votre plaisir,
Je célerai bien votre affaire
Si c'est chose qu'il faille taire,
Fait Génius, et je ferai
Pour vous tout ce que je pourrai
S'il est besoin de vous absoudre,
Je suis tout prêt à m'y résoudre,
Mais avant tout ne pleurez plus
Nature.
Las! dit-elle, beau Génius,
Si je pleure, n'est pas merveille.
Génius.
Dame, pourtant je vous conseille

Que vous voilliez ce plor lessier,16989
Se bien vous volés confessier,
Et bien entendre à la matire
Que vous m'avés empris à dire:
Car grans est, ce croi, li outrages,
Que bien sai que nobles corages
Ne s'esmuet pas de poi de chose:
S'est moult fox qui trobler vous ose.
Mès sans faille il est voir que fame
Legierement d'ire s'enflame[11].Voir la note
[Virgiles méismes tesmoingne,
Qui moult congnut de lor besoingne,
Que jà fame n'iert tant estable,
Qu'el ne soit diverse et muable,
Et si rest trop ireuse beste.
Salemon dist qu'onc ne fut teste
Sor teste de serpent crueuse,
Ne riens de fame plus ireuse;
N'onc riens, ce dist, n'ot tant malice.
Briefment, en fame a tant de vice,
Que nus ne puet ses meurs pervers
Conter par rimes, ne par vers:
Et si dist Titus-Livius
Qui bien congnut quex sunt li us
Des fames, et quex les manieres,
Que vers lor meurs nules prieres
Ne valent tant comme blandices,
Tant sunt decevables et nices,
Et de flechissable nature.
Si redist aillors l'Escriture
Que de tout le femenin vice,
Li fondement est avarice.
Et quiconques dit à sa fame
Ses secrez, il en fait sa dame.

D'abord de vos larmes cesser,17197
Et si voulez vous confesser,
Exposez-moi donc tire à tire
Tout ce que vous avez à dire.
Grande est, je crois, votre douleur,
Car bien sais-je que noble cœur
Ne s'émeut pas de peu de chose.
Bien fol est qui troubler vous ose.
Avouons-le, femme pourtant
S'emporte bien légèrement[11b].
[A Virgile je m'en réfère
Qui moult connut leur caractère:
Cœur de femme, dit-il, est changeant,
Capricieux et inconstant.
Femme est trop irascible bête;
Et Salomon dit que sa tête
Est pis que tête de serpent,
Et qu'il n'est rien de plus méchant;
Rien, dit-il, n'eut tant de malice;
Bref, en la femme est tant de vice,
Que nul ne peut ses us pervers
Conter par rimes ni par vers.
Tite-Live, qui leurs manières
Savait et leurs mœurs tout entières,
Dit que, pour les séduire, rien
Ne réussit oncques si bien
Que propos flatteurs et que fables,
Tant frivoles et décevables
Et tant fragiles sont leurs cœurs.
Et l'Écriture ajoute ailleurs
Que de tout le féminin vice
Le fondement c'est l'avarice.
Et quiconque à sa femme dit
Ses secrets, dès lors s'asservit.

Nus homs qui soit de mere nés,17023
S'il n'est yvres ou forsenés,
Ne doit à fame réveler
Nule riens qui face à celer,
Se d'autrui ne le vuet oïr.
Miex vaudroit du païs foïr,
Que dire à fame chose à taire,
Tant soit loial ne débonnaire;
Ne jà nul fait secré ne face,
S'il voit fame venir en place:
Car s'il i a peril de cors,
El le dira, bien le recors,
Combien que longuement atende;
Et se nus riens ne l'en demande,
Le dira-ele vraiement,
Sans estrange amonestement:
Por nule riens ne s'en teroit,
A son avis morte seroit,
Se ne li sailloit de la bouche,
S'il i a peril ou reprouche.
Et cil qui dit le li aura,
S'il est tex, puis qu'el le saura,
Qu'il l'ose après ferir ne batre,
Une fois, non pas trois ne quatre,
Jà si-tost ne la touchera,
Cum ele li reprouchera,
Mais ce sera tout en apert.
Qui se fie en fame, il se pert,
Et li las qui en li se fie,
Savés-vous qu'il fait? il se lie
Les mains, et se cope la geule[12]:
Car s'il une fois toute seule
Ose jamès vers li grocier,
Ne chastoier, ne corrocier,