Pour ceste cause ledit roy veu par contraincte accordee la deshonnorable paix laquelle lez angloiz mesmes tenoient mauvaisment et pour plusieurs autres raysons qui trop longue chose seroit a les recompter assembla a paris a son parlement les quatre estatz dessusdit et avec eulz tous les saige juristes estrangiers tant de boulongne la grase comme d’alleurs qu’il peut recouvrer A iceulz comme tressaige proposa ses raisons contre les angloiz demandant leur advis et se cause avoit de la guerre rencomencer car sans juste cause le regard & deliberacion d’entre eulz et la consideracion. et voulunté de ses bons subgectz nullement faire ne la vouloit auquel conseil par longue deliberacion fut conclud que bonne et juste cause avoit de la recommencer Et ainsi l’entreprint le bon et saige roy A laquelle chose dieu a tant esté favourable a son bon droit loez en soit il avec la grant prudence de lui que avecques l’ayde de dieu toutes les terres perdues ont puis esté conquises a l’espee ainsi que encores y pert.

Cy devise comment il n’est pas expedient que le roy ou souverain prince viengne en bataille pour les perilz d’adverse fortune. Le siziesme chappitre.

Doncques par la voye dessudicte determinera le sage roy ou prince a ouvrer en fait d’emprendre guerre et batailles. et pource ceste chose notoire que en tel fait commencer et continuer comment quattuor principaulz choses C’est assavoir chief hardement force & constance sans lesquelz tout yroit a confusion voyre se une seulle y deffailloit Il est licite a regarder s’il est bon que le roy ou souverain prince voise en bataille en sa guerre Car comme le fait lui doyve toucher plus que a nul autre parquoy sa presence peut representer les quattre choses dessu dictes Et avec ce qu’il n’est doubte que ses cheveliers et gens d’armes et tout l’ost en auroient meilleur cuer de combatre voiant leur seigneur en place prest de vivre & mourir avec eulz Sans faulte pour rendre responce a ceste question non obstant tout ce que dire on pourroit du bien qui ensuivir en pourroit et qui plusieurs exemples en troveroit de roy & princes au quelz est bien prins d’estre en presence en leurs batailles Sicomme du roy alixandre en ses conquestes et mesmement de plusieurs roix de france sicomme le roy clodove charlemaine et plusieurs autres Et mesmement charles qui a present regne estant enfant en l’aage de quatorsze ans nouvel couronné fut en la bataille de rosbecke contre les flamens ou il eut noble victoire Il n’est pas a deliberer de leger que le Roy ou souverain prince y voyse en personne. Et plus fait a eschever que a y aller reserver pour aucun cas c’est assavoir contre ses proppres subgectz en cas que rebelles luy seroient. La cause est pour ce que naturelement recraint offencer la magesté de son souverain seigneur par especial en sa presence si ne pourroient nyer quelque perverse voulunté qu’ilz eussent que cuers et membres n’eussent ainsicomme tous vaincus eulz voyans contre cellui auquel ayde deussent estre contre tout homme et par especial est grande la confusion contre eulz et le droit grent pour le seigner quant il leur est bon et non cruel ne tirant. mais non pourtant quelque soit la necessité qu’il y voit doit bien estre regardee que si seurment soit mis en bataille que le peril de male fortune ne puist cheoir sur sa parsonne Mais la raison generalle pourquoy il n’est droit que communement y voist est pour ce que nul ne peut savoir a laquelle partie dieu donnera sa victoire parquoy se la fortune venoit contre le prince y estant en personne par quoy mort prinse ou fuite s’en survenist a lui Ce ne seroit pas pardition ne deshonneur seulement a sa parsone mais a ceulz de son sang et generalement a tous ses subgectes terre et pays en perdition et infiny inconvenient sicomme on peut assés savoir par l’experience de cas semblables en ce royaume & autrepart advenus. Et pour ce n’est pas a eslire que pour le regard d’aucune particuliere utilité on mette en adventure et peril se dont pouvent venir infinitz maulz et inconveniens.

Et pour ce ne doit pas tel prince estre si cauteleux ne si courageux ains en doit estre descueu par lui assigner les causes et Raisons avecques exemples qui lui doivent refrener considerant le tresgrant peril non pas seulement de sa parsonne comme dist est mais de tous les siens. Et ad ce propos peut biens servir pour exemple le bon et sayge roy charles dessus nommé lequel non soyt mouvant de son trosne royal en ses palais toutes les terres perdues. Reconquist comme treschevalereux si comme le vray en est manifeste. Et qu’il soit vrai a ce propos que sens et diligence plus soit expedient en fait de guerre que la present du prince Semblement appert per le premier duc de melan pere de cestuy qui est a present. Le quel non soy partant de ses palais conquist par son sens tant de terres et seigneuries en lombardie et a la marche que a la seigneuries d’une cité attribua tant d’aultres seigneuries qu’il en fist une tresgrant et notable duché.

Cy devise quel connestable doit estre esleu pour estre maistre de la chevalerie du roy ou prince et les condicions qu’il doit avoir. vii. chappitre.

Or avons oy conment le Roy ou souverain prince pour le bien et la seureté de la chose publique ne doit pas legierement deliberer de soy mesme aller en bataille. Si est doncques a adviser a quelz personnes comme ung seul ne soufise on pourra commectre le fais de si grans offices comme maistres et conduiseurs de sa chevalerie qui pour lui et en son nom excercent le fait de ses guerres de laquelle chose sans faulte a droit regarder n’est nulle autre besoingne ou plus grant regard appartiengne comme l’election d’iceulz Car de tant que l’excercite de leurs offices passent en pois et en peril tous autre de tant y afierent plus convenables personnes Et par especial doit per grant deliberacion advis et regard estre esleu cellui auquel sera commise la principale charge sur tous lequel office les anciens appelloient duc des batailles ou souverain maistre de la chevalerie que nous disons a present en france connestable. Et apres en ensuivant les deux mareschaux selon l’usaige françois Sur lesquelx offices principaulx sont ordonnés plusieurs capitaines de certain nombre et cantité d’ommes d’armes. Et en la election par especial du souverain maistre de la chevalerie du prince doit estre advisé qu’il soit personne notable especialment en tout ce qu’il convient es choses que armes requierent C’est assavoir que par longue experience il soit si usagez que celui soit comme naturel maistre Et que le continuel excercite l’ait rendu maistre de tout ce qu’il y convient comme cellui qui par plusieurs fois se soit trouvez en diverses adventures adveneus en fais de guerres per divers pays et nacions.

Vegece.

vegece dist que longueur d’aage ne grant nombre d’ans ne donne pas art & maniere de combatre mais l’usage si ne soit apprentis des ordres et manieres qu’il convient tenir en gens d’armes traicter soit en temps de repos ou traveil de guerre les sache maintenir mener et conduire en telle maniere. Que au mieulz faire appartient. Et est assavoir que en la dite election doit estre plus Regardé a la parfection des choses dictes avec les autres bonnes meurs et condicions qui a avec lui affierent que a la grandeur du lignage ne hault sang ne la personne quoy que se tout povoit ensemble estre seroit moult expedient pource que de tant seroit plus noble de sang tant plus seroit tenu en Reverence en son dit office. laquelle chose est necessaire audit capitaine.

Valere.

Et ad ce propos racompte valere que les anciens qui firent les grans conquestes se augmentoient d’eulz mesmes pour estre plus doubtez en leurs ost et se faignoient estre parens des dieux Neantmoins ne souffist il pas ceste seule convenableté sans les autres proprietez pour ce doit estre le regard des esliseurs plus a bien pourveoir l’office non pas a sa personne Car chose mou[lt] seroit a reprendre quelque fut la haultesse de sang de faire de l’ignorant maistre voire par especial en office la ou subtilité sens et loing usage a souvent plus grant besoing que grant nombre de gens ou quelconque autrez vertus ne autrez forces.