Cathon.
Cathon dist que de toutes autres choses on peut amender les faulte Reservé celles qui sont faictes en bataille de laquelle la peine ensuit tantost la faulte. Car mauvaisement ceulz qui se scevent mal deffendre et aux fuitifz a peine Revient cuer de combatre pour ce aussi avec les choses dessudictes est necessaire qu’il soit sage de bon sens naturel comme celui auquel convient avoir la congnoissance de moult de choses et qui est comme chief de justice. Il convient lieuteant du prince estre sage pour faire droit a ung chacun de tous cas qui peuvent advenir a cause d’armes et faiz de chevalerie de tous ceulz qui soubz lui sont et mesmement de estrangiers souvent et en diverses manieres et est assavoir que selon droit de gentillesse et haulteur de noblesse et de courage appartient a capitaine qu’il use en l’exercite d’armes en tous cas que advenir lui peuvent et tout ce que gentillesse requiert se droit honneur et los veult acquerre c’est assavoir que mesmes a ses ennemis soit droicturier et veritable en fait et jugement ou il eschera.
Et avec ce qu’il honnoure les bons et ceulz qui le vallent ainsi qui vouldroit estre d’eulz honnourez. Ceste maniere tenoit le vaillant roy pirrus de macedonne dont grant los acquist lequel pource que tant de vaillance avoit trouvé aux Romains combien qu’il feussent ses ennemis mortelz si les honnoroit il moult grandement quant ilz venoient en ambaxade devers lui Et mesmement les occis en ses batailles faisoit honnorablement ensepvelir Et de la noblesse & grant franchise de cestui roy est encore escript qu’il les avoit en tresgrant pris/ que mesmes leurs prisonniers pris en ses batailles ne voulut il retenir ains les rendoit tout quittement Les meurs et conditions qui a bon connestable affierent sont telles. ne soit tenu de chaudecole fel ne yreux/ mais amesurez & attrempez/ droicturier et justice benigne en conversacion de hault maintien et pou de parolle rassis en contenance/ non moqueur ne truffeur veritable en parolle & promesse hardi seur diligent non couvoiteux/ fier aux ennemis/ piteux aux vaincus et a son dessus. Ne se courousse de legier/ ne se meuve a pou d’occasion Ne croie trop tost ne a pou d’apparence/ n’adjouste foy a parolles qui n’ont couleur de verité Ne curieux de mignotises jolivetez ne de joyaulx/ habillié soit richement en harnoys et montures et fierement se contiengne/ Ne soit paresseux lent ne endormy Ne curieux en viandes et mengiers ne vie delicative/ enquerant tousjours de l’estat et convine des adversaires subtil pourveu et cault a oyr deffendre d’eulz et sagement les envaÿr Advise sur leurs agais/ sache les sciens gouverner et tenir en ordre et cremeur/ faire droit ou il doibt/ ne soit aussi moult curieux de jouer a nulz jeux/ honneure les bons et feaulx qui le vallent et apres de soy les tiengne/ bien gardonne ceulx qui le desservent. Et large soit es cas qui le requierent. Son commun parler soit d’armes es fais de chevalerie/ et des proesses des bons/ bien se garde de vantise/ il soit raisonnable/ aime son prince et feal lui soit/ soit secourable aux vesves et aux orphenins et aux povres/ Il ne tiengne grant compte de petit meffait fait a personne ne de petis debas. Pardonne legierement a celluy qui se repent et par dessus tout/ aime dieu et l’eglise et soustiengne droit. Icelles conditions duisent a bon connestable aux mareschaux & a ceux d’offices semblables.
Cy alleguent au propos de l’exercite d’armes aucuns acteurs qui de ce ont parlé et les manieres que tenoient les vaillans conquereurs qui avoient renommee en armes. viii. c.
Apres que avons devisé quelz doibvent estre esleuz/ capitaines et conduiseurs de la chevalerie du roy ou prince. Dire nous fault en quoy leur exercite se extendra/ & pource que de ceste matiere me aprennent a parler acteurs qui en ont escript produiray ou tesmoingnaige leurs ditz/ et principalement de ceulx qui au temps de valentinien empereur notablement fist propre livre de la discipline et art que tenoient les tresgrans conquereurs du monde qui misrent a chief par sens et par vertu d’armes choses a present sembleroient estre impossible.
Ceste chose bien affirma le roy pirrus quant il eut esprouvé la vaillance des rommains desquelz assez petite quantité contestoit contre son ost qui tant estoit grant que mons et vaulx en estoient couvers lors qu’il dist. O dieu jupiter se j’avoie telz chevaliers je conquerroie tout le monde. Et pour ce est a presupposer que par grant sens traveil et propre industrie achevoient si haultes entreprinses comme conquerir le monde si que firent ses rommains & autres conquereurs du monde/ desquelz les manieres et les ordres qu’ilz tenoient enregistrerent plusieurs sages Desquelles choses pour exemple de se confermer a iceulx se bon semble sont a oyr propices & expediens.
Vegece.
Car vegece dit qui veult paix appraingne qui aime victoire doibt avoir sens d’armes & le chevalier qui desire bonne adventure se combat par art/ c’est assavoir par sens non pas a la volee et nul n’ose grever ne couroucer cellui qu’on cuide qui seurmonteroit s’on l’assailloit.
Il appert par les grans conquestes que jadis firent les anciens que les gens ne sont plus si vaillans comme ilz souloient/ et de ce a quoy il tient rent la raison Le premier allegue vegece qui dist que la longue paix a rendu les hommes qui par avant par loingz et continuelz travaulz se souloient exerciter aux armes/ non challans d’icelle occupation si se sont mys au delit et repos et aux convoitises de peccune/ dont les nobles anciens qui ne prisoient que honneur ne faisoient compte/ & aussy a esté mise chevalerie en negligence et tellement que jusques en oubly & non chaloir. Et dist il les rommains mesmement qui ja plusieurs terres avoient conquises delaisserent ung temps tellement l’excercite d’armes que par la desascoutumance ilz furent par Hanibal prince d’auffrique desconfitz. En la seconde bataille ilz perdirent quasi toute leur seigneurie devant canes en puille/ qui fut si horrible que pres tous ceulx de romme y furent mors/ & leurs chevaulx capitaines prins & destruis/ & de notable chevalerie en si grant cantité que apres la desconfiture hanibal qui fit chercer le champ en eut trois muys tous plains d’aneaux d’or de leurs dois comme dit l’istoire lequelz il fit porté en son pays en joye et en signe de victoire mais apres la dite excercite reprinse ilz eurent tousjours victoire Pour ce conclud ledit acteur en loant acoustumance d’armes que plus proffitable chose est au roy ou au prince que les siens soient bien enseignez et duitz en icellui art quelque petite cantité qu’il ait de gens que prendre foison de soudoiers estranges qu’il ne congnoist Et nulle riens dist il n’est plus ferme ne plus bien euré ne qui plus face a louer que est contree ou foison a de bons hommes d’armes bien duitz et bien aprins en tout ce qui y appartient. Car or ne argent ne pierres precieuses ne surmontent pas les ennemis ne en paix ne font vivre les habitans Laquelle chose fait et peut faire puissance de chevalerie vaillant et bien enseignie et de tel ne doit pas estre jugé selon la folle sentence du roy brutus de gaule le quel quant il eut envaÿ les romains a tout C & iiii xx mil hommes armés et il vit que contre lui venoient a si petite cantité il les desprisa et dit qu’il n’y avoit pas assés de gens pour rassadier les chiens de son ost mais neantmenz il en y eut assés pour destruire lui et son grant ost si qu’il en advint apres comme racompte l’istoire. Pour icelles choses confermer apres ledit acteur dirons premierement de la doctrine que donnoient les nobles a leurs enfans ou temps de leur jeunesse Puis retournerons a la matiere dudit capiteine ou chiefvetains de la chevalerie.
Vegece.