Cy devise l’ordre et la maniere que le capitaine doibt tenir quant bonnes fortunes sont pour luy de la bataille. xxvii. chapitre.

Aucuns qui ne congnoissent pas bien les tours des armes se cuident moult aider en bataille par enclorre en certain lieu leurs adversaires et ennemys ou par bien les enchaindre tellement que par multitude de gens ne puissent issir/ mais ce fait est moult a doubter/ car aux encloz croist le hardement pource que de tant qu’ilz se tiennent plus pour mors et qu’il leur semble qu’ilz n’ont povoir de issir ne d’eschapper/ de tant plus chier se vendent/ et pource fut loee la sentence de Scipion l’affrican qui dit que on doibt faire voye aux ennemis par ou ilz puissent fuir et mettre embusche par ou ilz doibvent passer/ car quant ilz sont fort oppressez et ilz voient l’issue par laquelle ilz se cuident sauver en fuyant. Adont pevent mieulx estre occis en fuyant que en eulx deffendant Car plusieurs gettent jus leurs armes pour plus legierement fuyr Si sont par les chassans occis comme bestes Et plus sont grant nombre et plus est leur confusion/ Car la ne doibt on regarder nul nombre ou les courages sont ja desconfitz par force de paour/ dont dient les sages d’armes que quant bonne fortune vient a l’une des parties si quelque vainque l’autre en bataille doibt poursuivir ce du tout jusques en fin de sa bonne fortune tant qu’elle dure/ jusques ad ce que tous soient destruis endementiers qu’ilz sont effrayez et non pas sy fort esjoyr ne enorguillir au commencement que on laisse tout pour y cuider recouvrer comme plusieurs qui en ont esté deceuz/ qui oncques puis advenir n’y peurent. Tesmoing par ung nommé hanibal lequel se apres la bataille de canes fust allé tout droit a romme il l’eust prinse de legier sans contredit/ car tant estoient les rommains plains de doulleur et d’effroy pour leur grant perte que a l’eure n’y eussent sceu contredire/ mais luy qui ad ce cuida retourner a son bon plaisir/ entendant tousjours a despouiller de ce ne fist compte A laquelle chose ilz oncques puys pour toute sa puissance tant s’en efforçast luy et tout son ost n’y peut advenir.

Cy devise l’ordre et la maniere que le capitaine doibt tenir quant la fortune de la bataille luy vient contraire. xxviii. chapitre.

Or y a autre point c’est assavoir que ce partie de l’ost vainct et l’autre s’enfuit/ le bout qui demeure bien encores esperoir la victoire Et plusieurs fois est advenu/ que ceulx qu’on tenoit audessoubz ont gaigné la bataille/ si se doibvent iceulx eslever par cry et par sons de trompettes et par ce espouenter les adversaires et conforter les siens comme s’ilz feussent vainqueurs de toutes pars. Et s’il advient que le meschief adviengne en tout ton ost Neantmoins tu doibs querir le remede car fortune a aucunesfois des fuitifz plusieurs recouvrez/ & les sages d’armes dient que en fait de planiere bataille le bon capitaine doibt estre pourveu de rassembler les siens Comme le bon pasteur ses oailles/ posé qu’ilz s’en fuyent/ doibt de tout son povoir estre ententif a sauver les vaincus et les retraire ou aucun destour ou sur montaigne et ele en derriere luy ou en aultre sceure place/ & s’il peult rassembler aucun pou de ses gens vaillans & hardis et les mettre en bon conroy/ encores pourront grever leurs ennemys/ car communement advient que les desroutez ça et la comme ceulx qui chassent follement se les adversaires sont saiges/ sont remis en fuite et ainsy sont occis ceulx qui premierement estoient chasseurs Si ne leur peult advenir plus merveilleuse confusion que quant leur fierté leur change en paour.

Pource quelle que soit l’adventure on doibt radresser par convenables exortations les vaincus et rassembler et garnir son ost de hommes nouveaux lesquelz soient hardis et vaillans & fournis de harnois les peult trover/ et convient adonc pourpenser soubdain aide et la soubdaine adventure c’est assavoir adviser comment l’agait fait Si que les ennemys qui longuement les ont suivis soient rencontrés en quelque lieu de repos ou en plusieurs pars Et ainsy par le bon capitaine soit la paour des fuitifz convertie en hardement de attendre et poursuivir se besoing est. Et pourtant ne se doibt le bon capitaine desesperer quelque fortune qu’il ait contre luy s’il est sage/ Car souvent advient que par bonne escheance et propice fortune ceulx qui cuident tous avoir gaigné s’eslievent en arrogance et par ce moins sagement/ qu’ilz ne cuident s’embatent sur leurs ennemys. Lesquelz bien advisez les recueillent par grant accueillie & les ruent jus/ & pource doibt estre advisé le sage capitaine de ce que dit est que les vaincus estoient a leur retour vaincqueurs et chassoient les autres.

Et que ainsy soit le demonstre le cas des rommains de l’adventure qui leur advint apres la grant desconfiture de canes/ ou eulx tous desesperez de jamais povoir recouvrer nul bon eur ne nulle bonne prosperité voulurent deguerpir leur cité et autre part eslire habitation/ mais de ce les garda ung vaillant prince des leurs qui dist que a eulx se combatroit s’ilz s’en alloient Sil leur donna esperance de meilleur fortune et les remist ensemble/ et de gens concueillie fist chevaliers et a telle puissance que avoir peult/ alla assaillir ung nommé hanibal/ qui ad ce riens ne pensoit et le surprint comme tout despourveu. Si fut adonques a telle heure desconfit que oncques depuis n’eut victoire sur eulx et illec le destruirent les rommains.

Cy recapitule en bref aucunes choses des ordres devant dictes. xxix. chapitre.

Pour replicquer en bref toute la substance que vegece veult dire en son li[vre]. Il se epilogue en la fin ainsy que a manieres de proverbes disant.

Toy qui veux avoir honneur d’armes fay que la maniere de ta jeunesse et ton acoustumance te apprengne a estre maistre es tours de chevalerie en parfait aage/ car trop plus belle chose est que tu puisses dire je sçay que se que tu dis/ ha pour quoy n’ay je aprins.

Tousjours fay a ton povoir chose qui puisse nuyre a ton ennemy et a toy proffiter/ car de ce que tu le delaissez a grever tu te renoie mesmes/ fays que tu congnoisses le chevalier ains que tu le maines en bataille/ et s’il y est d’aventure ne t’y fie/ Car mieulx vault doubter son ennemy en soy tenant sur sa garde que en bataille soy fier en gens que on ne congnoist.