Grant sceureté est actraire son ennemy fuitif qui peut/ car plus pevent grever aux ennemis les fuitifz que les occis/ & cellui est a peine vaincu qui des siens & de son adversaire se peut aider.
Mieulx vault laisser apres arengie de bataille assez d’aides que trop ample bataille faire/ car aulx lassez les nouveaux venus aydent/ car plus aide vertu que multitude/ & souvent vault mieulx en bataille lieu que force : l’omme proffite par labour et aneantit pour estre oyseux.
Ne maine jamais chevalier en bataille s’il n’espoire la victoire/ car s’il a petite esperance il est demy vaincu/ les soudaines choses espouentent les ennemys. Qui son adversaire chasse follement la victoire qu’il avoit eue luy convoicte a donner. Qui n’appareille la bataille en l’ost il est vaincu sans fer. Tenir ordre de bataille selon le droit donne victoire aux febles & aux fors.
Quant tu scez que les espies de ton ennemy si vont tappissans environ ton ost/ fays tes gens retraire es logis. Se tu as soupeçon que ton conseil soit revelé aux ennemys change ton ordonnance. Nulz consaulz ne sont meilleurs que ceulx de quoy les ennemys n’ont congnoissance jusques ad ce qu’en oeuvre soient mys. Adventure donne souvent victoire plus que force impossible est juger au vray la fin de la bataille dont fortune dispose.
Tout le contraire de tes ennemys doibs traicter avec plusieurs/ mais ton propos doibs dire a pou de gens. Attrais les cueurs des estrangés par dons et par promesses/ & chastie les tiens par menasses. Pource que bons capitaines redoubtent la fortune de la bataille/ combatent envis a ost assemblé. Grant sens est son ennemy contraindre plus par fain/ que par fer.
A tant fine la premiere partie de ce livre Et en apres commence la seconde partie ou il parle de cautelles d’armes.
Cy commence le premier chapitre de la seconde partie de ce present livre Auquel il parle de Scipion l’affrican. i. cha.
En ceste seconde partie apres ce que avons divisé selon vegece principalement les manieres que jadiz tenoient les vaillans conquereurs du monde en fait d’armes en leurs conquestes. Pource que iceulx se seurent bien aider de plus d’une maniere de guerroier me semble affin de croistre nostre matiere tousjours au proffit des poursuivans chevalerie que adjoustons en ceste partie/ les manieres des cautelles et subtilités qu’ilz tenoient en leurs fais. Lesquelles cautelles et subtilitez de chevalerie appellerent les acteurs qui en ont parlé stratagenes d’armes Desquelz stratagenes fist ung propre livre ung vaillant homme que on nomma frontin/ ou il devise les propres faitz des dessusditz tresnobles et vaillans conquereurs Lesquelz a oyr pevent estre de bon exemple a semblablement ouvrer se bon semble a ceulx qui en telz cas se treuvent selon les adversitez des adventures d’armes/ duquel livre avons a nostre proffit extrait aucunes choses.
Ledit acteur dit ainsi au premier que le vaillant conquereur prince des rommains Scipion l’affrican qui toute espaigne/ auffricque/ et quartaige/ conquist a l’espee une fois entre les autres comme il fust a tout grant ost tenant les champs contre le roy Ciphas/ qui semblablement a tout moult grant nombre de gens estoit contre scipion/ envoya vers ledit roy sicomme pour certaine ambaxade faire ung de ses chevaliers nommé Lelius Avec lequel commist aller de ses plus sages capitaines en armes/ en maniere de valletz ou de petis serviteurs affin que bien en toutes guises advisassent l’ordre la maniere et la quantité dudit roy Ciphas Lesquelz la venus si tresbien en firent leur debvoir que riens n’y oublierent/ et pour mieulx choisir l’ost en long et en lé/ laisserent aller leurs chevaulx faintement comme s’ilz leurs fussent eschappez et eulx apres courans ça et la/ advindrent ad ce qu’ilz queroient/ c’est assavoir a tout/ en bref temps adviser comme tresexpers & aprins en tel mestier. Par quoy eulx retournez et leur rapport fait a leur duc Scipion/ comme il sceust par iceux que planté de ramilles y avoit en l’ost dudit roy ciphas/ trouva maniere de subtillement par nuyt y faire bouter le feu en plusieurs lieux Et ce fait ainsy comme ilz entendoient a secourir leurs chevaulx et leurs logis. Le vaillant duc Scipion leur courut sus en tresbonne ordonnance/ et par ce les desconfist du tout.