Pour toutes choses ou la plus grant partie qui necessaires ou convenables sont en deffence de cité ou forteresse/ est assavoir que la garnison est souveraine de tresbonnes loyaux gens qui de ung accord et unis soient ensemble a capitaines loyaulz et preudommes/ et que amour ayent au lieu/ car la ou toutes aultres choses seroient acomplies et ceste seulle y deffaulzist tout riens ne vauldroit. Et qu’il soit vray que ainsy soit et grant mal le contraire le monstre ensuivant ce propos/ et comme exemples soient communement plus penetrans aux oreilles des escoutans que argumens premiers fais en amenrons plusieurs en tesmoingnage. Et premierement en recitant ce que les autres acteurs tesmoingnent disant que le plus grant bien qui puisse estre est/ que la soit paix ou garnison est. Car il est mal possible que ceulx entre lesquelz est soient destruis par quelconques puissances/ & ce appreuve la responce que fist le saige magissien tirisaulz a scipion l’affricquant avant que a luy se furent si longuement tenuz contre la grant concorde qui y estoit/ & avec ce est tresgrant souverain bien en pays cité ou forteresse avoir princes ou souverains de grant amour au lieu sicomme bien le demonstra le vaillant homme nommé camulus ung des souverains de romme lors que le duc Beanius d’athenes avoit par guerre destruite romme et a toutes les proies et richesses s’en alloit/ Mais le bon et vaillant homme camulus/ nonobstant ce que les rommains l’eussent exillié a tort & mis demourer hors de la cité : quant l’adventure sceut moult luy en pesa/ et tantost assembla ce qu’il peut de gens/ car de grant auctorité estoit si vint audevant de beanius qui garde ne s’en donnoit et le desconfist/ & si conquesta grant avoir dont reediffia romme/ et y ramena les fuitifz par quoy fut appellé le second romulus.

Et tout ainsy que tresgrant bien et joye et bon cueur est et unit en pays ou cité quant paix est environ soy et en soy mesmes. Aussy y est tout mal discencion desolation et peril quant discorde et discencion y est/ laquelle chose est sa destruction. Si que mesmes le dit la saincte escripture et sourt communement tel content en communité ou ville par tresmauvais mouvemens. C’est assavoir pour cause d’orgueil arogance les ungs contre les autres par envye et par convoitise/ si n’en pourroit pas bien venir. Ainsy qu’il en advint a romme de la bataille cytoienne qui tant leur fut prejudiciable que a pou s’en destruirent tous par l’orgueil de leurs princes/ c’est assavoir. Silla & Marius auquelz furent en ayde des deux parties Pompee et certorius et plusieurs autres haulz princes qui moult estoient de grant proesse et auctorité/ en laquelle guerre eut plusieurs batailles ains qu’elle cessast/ esquelles si que raconte l’istoire furent occis xxiiii. de leurs princes de leurs capitaines vi. de leurs plus souverains xl. autres barrons et de rommains. Cent et cinquante mille sans plusieurs autres estrangiers qui furent en leur aide. Si fait bien a eviter sy cruel debat.

Cy parle encore de mettre loyaulx et vaillans gens en villes et chasteaulx et en donne ung tresgrant exemple. xix. chapitre.

Au propos encore de mettre loyaux gens en chasteaulz et que bien doibt estre prins garde que convoiteux oultre mesure n’y soient/ comme par icelle voye/ ayent esté plusieurs villes et cités traÿes et vendues pilliés et robees/ comme il appert par l’exemple de la cité d’estinope grande forte riche et bien peuplee que le roy mitridates avoit baillé en garde a deux chevaliers qu’ilz reputoit feaulx/ mais malement le garderent Car ilz mesmes avecques leurs gens la robberent et pillerent/ et puys quant ilz eurent bouté le feu dedens s’en fuyrent dont merveilleuse adventure advint/ car adonc comme le duc de l’ost rommain y arrivast pour y mettre le siege/ s’esmerveilla trop que ce povoit estre et quant le cas luy eut esté compté et revelé fist appeller les cytoiens aux portes en disant qu’il leur donnoit asseurement/ mais que la porte voulzissent ouvrir/ & la porte ouverte par le consentement des cytoiens Il commanda a ses gens qu’ilz aidassent a estaindre le feu/ & ainsy fut guerroyé par ceulx qui garder le debvoient/ et secourue par ceulx qui les cuidoient destruire s’ilz eussent peu.

Item que convoiteuses gens puissent estre de grant nuysance en cité ou en chastel/ apparut par la parolle que dist le roy de jurguta/ lequel grant envye et couverte hayne portoit aux rommains celleement soubz fainte amour/ mais pour mieulx les decevoir donnoit grans dons aux principaux d’eulx. et en ce faisant se meut grant discorde et sedicion entre les cytoiens/ et ainsy les guerroit ennemy que amy reputoient sans ce qu’ilz s’en apperceussent tant que au partir de romme/ auquel lieu par faintise estoit allé ne se peut tenir de jecter telles parolles tout en passant.

Ceste cité seroit de legier prinse qui a donner auroit assez/ C’est assavoir que plusieurs foys est advenu merveilleux et grant inconvenient en cité et pays & mesmement en ost par y avoir grant quantité de gens estrangiers ainsi que a romme advint au temps de leurs tresgrandes conquestes ou ilz avoient maniere de tenir les prisonniers qu’ilz tenoient en servage et servir s’en faisoient et faire leurs labeurs/ dont une fois advint que plus de xx. mille contre eulx se rebellerent et leur porterent moult grant dommage ains que venir peussent a chief de les destruire mais apres ces choses dictes/ lesquelles pevent servir pour exemple/ retournerons a nostre premier propos.

Cy commence a parler de mettre siege et assaillir forteresse selon vegece.

Le temps est venu que l’ost se vient loger a siege devant la cité/ lequel temps communement est se le capitaine est saige en la saison d’aoust/ pource que adont luy est plus proffitable pour deux raisons. La premiere pource que plus de vivres trouvera sur les champs. L’autre que doublement grevera ses ennemys/ c’est assavoir par siege et assault/ et par leur tollir et destourner a faire leur cueillotte de blez de vins et de tous vivres. Si se logera ledit ost au plus pres qu’il pourra/ et aura avant bien advisé la situation et que mieulx a son advantaige soit mis le siege/ assis les engins et adviser de donner l’assault. Si fera faire se c’est son mieulz environ bons fossez & le lieu fortiffiera de fort palais comme se c’estoit une forteresse/ affin de povoir contester a ceulz qui venir pourroient pour lever le siege/ ou mesmement a ceulz du chastel se contre eulx sailloient/ & se c’est chose que de toutes pars soit assiegé tant vault mieulx/ mais s’il y a montaigne ou autre empeschement que on garde neantmoins de tous les costés qui seront y soit mis s’il peut estre/ et fait palis et trenchis de l’un siege a l’autre en maniere que ceulx de dedens ne les puissent surprendre/ et de toutes pars aussi ordonnera sceureté deffence et bon gait a toute heure.

Apres advisera par quelle maniere le lieu est mieulz prenable se c’est par eschielles il en aura fait ordonner a doublez rencz tant que besoing sera et oster les empeschements d’autour de la muraille par force d’engins seront dresciés eschelles contremont et roulees a bons et tresgrans roulez lesquelz tresfort au chief du mur d’en hault tiendront/ pour moins glisser les fera ferrer par dessoubz se besoing est/ affin que d’en hault on ne les puist abatre. Adoncques de toutes pars sera encommencé l’assault/ & se pas ne luy semble proffitable/ ouvriers ad ce establis seront mis en besoigne.

Pour la terre fouyr sera encommencé si loings que ceulx de dedens par nulle maniere veoir ne le pourront/ ne les hommes qui porteront hors la terre. Et faite sera si bas que la parfondeur des fossez passera apuyee de bon fort mairien tant que on viengne aux fondemens des murs au plus bas : & par illec trouveront maniere d’entrer dedens se contredit n’y est mys. Tandis que se mur se fait le sage capitaine ne se tiendra pas a tant duis affin que ceulx de dedens ne puissent par escoutes lesditz mineurs sentir les occupera de tant d’autres assaulx que la noise le bruit et la peine qu’ilz feront donneront assez d’entente a leurs corps. Car corps d’arbalestres plus durs voulans que mouches bombardes canons/ l’orrible ton des grosses pierres contre les murs/ les crus des assaillans/ le son des trompettes/ la paour des eschiellans leur donneront assés a faire.