Cy devise se ung capitaine de certain nombre de gens d’armes les peut bien transmuer a sa voulenté puis qu’ilz sont retenuz a gens d’armes. ix. c.
Maistre autre question te fais assez deppendant de la dessusdite. Je suppose que receu soit a gaiges ung capitaine pour une annee/ ou qu’il soit venu avec luy Cent hommes d’armes lesquelz soient tous passez et escrips a la monstre Advient ung moys apres qu’il veult remuer ses gens tous ou partie et mettre autres en leur lieu/ Je te demande se par droit le peut bien faire. et sembleroit que sy/ car il doibt bien souffrir s’il a cent hommes convenables ainsy qu’il a promis. Et avecques ce s’il ne le peut ainsy faire et n’en avoit l’auctorité seroit grant prejudice/ car se entre les siens on veoit aucuns mauvais et de perverses meurs larrons ou de mauvaise vie & nuysant aux autres et dont honte peut venir a tous ne vauldroit il pas mieulz que changez feussent en autre lieu que laisser en leur lieu.
Ad ce respons que droit est si juste chose et si raisonnable que esten[dre] se veult a ung chascun sans faire nul tort. Et pour ce te dis que le simple capitaine qui est soubz le principal capitaine ne le peut bonnement faire sans la licence majeur/ car se ainsy estoit il seroit en luy de faire extorcions aux compaignons s’il luy plaisoit/ c’est assavoir prendre autre par aucune faveur ou par convoitise de prendre part a leurs gaiges ou par quelque fraude/ & de bouter ceulx qui paradventure meilleurs seroient/ sy doibt avant la main avoir bien advisé de prendre telz compaignons avec soy qu’il ne soit nul besoing de les changer.
Se changer les fault par aucune adversité qui en eulx soit c’est son deshonneur quant telz les a choisiz/ mais ce a toutes fins advient que change y conviengne en quelque façon ou maniere que ce soit/ et sans faulte ce ne se doibt faire aucunement sans le congé du souverain de l’ost. et encore que ce soit par tresgrande deliberation. Et s’il advient aucunement que de soy mesmes le face n’est pas doubte que celluy qui est cassé ne se puist plaindre au capitaine par especial s’il est homme ydoine et convenable et en doibt avoir droit.
A venir au propos des capitaines convoiteux qui tricheries et baratz pevent faire aux petis compaignons. Il en est assez. qui reçoivent leur paie et pour eulz la retiennent et leur suffist de les paier de petit de chose. et ceulz paradventure ne s’en osent plaindre pource que par ce couvent & en faisant tel marchié a eulz/ affin d’estre receu si y sont mis/ dont c’est moult grant pechié/ car par ce sont contrains a faire plus de maulz & de pillage que s’ilz fussent bien paiés. Si deveroit le capitaine a telz choses bien prendre garde/ car a moins ne pevent les povres soudaiers soient de pié ou de cheval gens de traict ou autres. que de la povre paye avoir/ qu’ilz gaignent au peril de leurs vies et a si grant traveil de leurs corps/ si fait fort grant pechié qui leur oste ne amoindrist. Et ce n’eussent jamais souffert les anciens. Ains estoient plus couvoiteux que la gaigne tournast au proffit des sauldoyers que a eulz mesmes/ car les preux vouloient que ceulz eussent le gaignage et a eulz suffisoit avoir l’onneur.
Cy devise se ung seigneur envoye ung homme d’armes pour garnison d’aucune sienne forteresse sans ce que aucuns gaiges luy soient promis/ et il advient que en chemin soit destroussé. Auquel des deux peut demander ces interestz/ ou au seigneur qui l’envoye ou a celluy qui destroussé l’a. Item se ung homme d’armes est venu servir ung seigneur en sa guerre sans convenance de gaiges/ se le seigneur est tenu de le paier. x. c.
Autre demande te fais. Je suppose seigneur envoye ung chevalier en aucune sienne forteresse pour la garder sans ce que a luy face aucune convenance de gaiges ne de sauldees. Advient en chemin que a icelluy sont ostez par force ses biens son harnois et ses chevaulz/ auquel peut le chevalier par droit demander sa perte/ ou a celluy qui l’envoye ou a celluy qui l’a destroussé.
Je te respons qu’il les peut demander a l’un & a l’autre/ c’est assavoir a celluy qui l’envoie peut faire demande par action de violence et de fait/ mais se le premier les luy restitue. Il est tenu de luy delaisser l’action & droit de la demande que a l’autre eust peu faire par vertu de quoy le peult faire convenir Or me dy derechief ung baron a certaine [guerre]/ a l’aide duquel ung chevalier par sa courtoisie sans ce que requis en soit vient en sa compaignie et aide. Je te demande se icelluy apres le service peut demander gaiges ne saudees s’il lui plaist Car il sembleroit que non/ car pour quoy il n’y estoit pas appellé/ & sembloit que son entente fust de servir par courtoisie.
Ad ce je te respons que s’il n’est de son lignage ou que grandement tenu y soit ou que par charité venu y fust sans faulte il peut courtoisement faire demande pour son vivre et estat tenir s’il lui plaist/ car le droit dit que nul n’est tenu soy armer a ses propres despens/ sy doibt suffire au seigneur qu’il ait eu le secours de l’autre/ et de tant que plus franchement y est venu/ tant plus y est tenu. Si lui doibt satisfation de gaiges ou d’autres biens faitz.