Maistre je suppose que le roy d’arragon envoiast demain au roy de france grant ost de ses gens a secours en sa guerre de sa pure courtoisie pour certain temps sans ce que nullement en eust esté requis/ mais l’eust fait simplement pour rendre la courtoisie semblable autrefois de luy receue/ je te demande se ces gens apres le service pourroient demander paiement de ce dont ils sont tenuz.
Je te respons amy que se le roy de france a autresfois servy le roy d’arragon ou autre en sa guerre de certains gens d’armes paiés pour aucun temps si que assez est de coustume entre princes bien amys faire l’un pour l’autre. Semblablement est tenu par droit de gentilesse le roy d’aragon faire au roy de france non pas que de droit le roy de france luy peust demander se autre convenance n’y avoit/ car qui franchement donne ne peut contraindre estre remuneré/ mais en quelconque maniere soit la venue le roy de france est tenu par droit de noblesse leur donner dons posé que tous paiez soient venuz non pas que par voye de droit escript eussent action de faire au roy demande de paiement puys qu’il ne les y avoit mandés.
Encore te demande/ je prens que une dame vefve tenant aucune seigneurie soit oppressé de guerre a grant tort et peché d’aucun seigneur ou chevalier/ a l’ayde de laquelle veit ung gentil chevalier meu de pitié & pour garder le droit des dames & croistre sa renommee en vaillance et chevalerie/ & a tout dire y fait tant de proesse que par sa proesse met ladicte dame a paix de sa guerre/ & luy face avoir plaine restitution/ pourroit icelluy apres ces choses demander sallaire de ses biens faitz comme celluy qui bien l’auroit desservy.
Je te respons que non/ car par mandement ne estre prins a gaiges ne la peut contraindre. Et se dire me veulz que grandement ait fait le proffit de la dame. Je te respons que plus grant a fait le sien propre en tant que en honneur et renommee il en est exaulcez. A laquelle cause il vient si est ja paié du sallaire qu’il queroit/ mais bien est vray que se la dame est puissante & ait de quoy elle doit tant faire pour luy/ que exemple luy donne/ & mesmement aux autres tel/ que se autrefoys en avoit a faire fust voulentiers secourue.
Cy devise se ung roy a guerre a ung autre et luy vueille aller courir sus a grant ost. se les seigneurs par ou il doibt passer luy pevent par droit calenger le passage. posé que mal n’y face ne vivres n’y prengne fors que pour l’argent. xii. c.
Des choses d’armes te vueil faire une autre question. Je suppose que le roy de france vueille pour aucune querelle faire guerre au roy de honguerie par quoy assemble son ost pour aller sur luy/ pour laquelle cause rescript au duc d’austriche qu’il prendra son chemin par son pays/ mais il l’asseure que mal ne grief par luy ne par ses gens n’aura sa terre ne ses hommes/ ains bien et proffit en tant que pour son argent prendra vivres par tout ou il passera. Le duc d’austriche qui de ce fait doubte. Respond au roy que de ce veult estre sceur par bons hostagiers avoir que restitué sera se dommaige luy est fait. Si te demande qu’en est de droit a faire. Car le duc dist qu’il est prince en son pays si ne passera nul par la en armes s’il ne luy plaist & d’autre part posé qu’il le consente si seroit ce fort que tel ost peust passer sans faire moult d’outraiges/ & pource veult avoir de la restitution bonne sceureté.
Amy je te respons que par droit escrit celluy pour son bon droit et juste querelle va en armes peut et doibt avoir son chemin et passage es voyes publicques par tous pays et royaumes par tel sy que nul grief ne soit par luy ne par ses gens fait au païs. & dont puis que ainsy est il n’est nul besoing ne il n’appartient pas qu’il donne hostagiers quant il y a raison qu’il soit fait. Et ce tesmoingne le decret la ou il recite l’istoire comment quant le peuple d’israel s’en alloit contre les ennemys Il les convint passer par le pays des amonees/ lesquelz voulurent contredire le passage/ mais quant ilz veirent que par amour n’en povoient finer Ilz gaignerent par force le passage que dieu leur ordonna Si dis que semblablement seroit de droit et de raison de ainsy faire en tous cas pareil.
Je te demande maistre/ je prens que ung baron de france ait meu guerre a tort et mauvaise cause a ung chevalier en laquelle mout luy fait de griefz et de dommaiges/ mais pour celle foys ne peut trouver droitement voye d’avoir droit par justice de luy. Neantmoins assemble ses amis avec grant route de gens d’armes pour courir sus audit baron lequel de sa part si bien se deffent que entrer ne peut sur son païs ne dommaiger sa terre. Et pource que fait/ il dommage les terres voisines et foule a icellui baron pource que adherens et favourables luy sont Sy prent ledit chevalier proye de toutes pars tant que moult en enrichist et qu’il peut bien valoir autant comme il avoit eu de dommaige.
Advient ung temps apres que a paris s’entretreuvent/ auquel lieu le chevalier fait convenir ledit baron a la court de parlement et la luy demande restitution des dommaiges que fait luy avoit a tort & sans cause en ladicte guerre. A laquelle chose l’autre respont que bien luy doibt suffire ce qu’il a gaigné a cause d’icelle/ car comme devant fust ung povre chevalier il estoit devenu riche et plain d’avoir par la proye qu’il avoit conquise & prinse. Le chevalier replicque que de ce n’a que faire/ car ce qu’il a gaigné en pou[r]suivant son droit n’estoit de riens du scien/ & que se pugny avoit les voisins du peché de ce qu’ilz le soustenoient a tort contre luy n’estoit raison que leurs biens prins et qui n’estoient pas siens lui deussent tourner au proffit de sa debte. Si te demande sur ce qu’il est de faire.
Ad ce je te respons que s’il estoit ainsy que le chevalier eust tant fait qu’il eust des biens du baron ou de ses hommes tant que restitué fust bien et suffisamment/ sans faulte par droit il luy deveroit suffrir/ mais se menant icelle guerre il ait gaigné ou prins sur les voisins par la maniere que tu l’as dit laquelle chose est droit de guerre/ ledit baron n’en est de riens deschargé/ ains est tenu aux dommaiges et interestz que fais luy avoit & bien argue le chevalier de ce qu’il dit. Car ce l’autre vouloit dire que il n’appartient pas que une debte soit payee deux fois/ & doncques puis que paié estoit il luy debvoit bien suffire tout ce ne vault neant pource qu’il n’est pas au regard du baron s’il a gaigné/ ains est en pugnition de ceulx qui aidoient au baron contre luy.