Je te respons derechief que voirement lui est deue misericorde en deux manieres/ c’est assavoir que la vie luy doibt estre respitee Et plusfort te dy que le maistre est tenu par droit et obligé de faire ayde et deffendre a son prisonnier contre ung autre qui le vouldroit offencer.

Item avec ce luy est deue misericorde en telle maniere que s’il estoit possible que ung homme d’armes eust tout son vaillant sur soy a l’eure que il est prins tout peut estre au maistre s’il ne luy fait aucune misericorde/ mais de droit escrit il luy doibt faire tellement que en prenant raençon de luy laquelle chose est previse en droit d’armes par especial une nation contre une autre nation quant ilz se combatent sicomme une nation de françoys & l’autre nation d’angloys. Et doibt estre regardé par raison que la raençon ne soit si cruelle que l’omme en soit desert/ femme et enfans mis en povreté/ car autrement ce seroit tirannie et contre tout droit d’armes/ car il n’appartient pas que le gentil homme soit mendiant apres sa raençon Ains luy doibt demourer de quoy vivre et son estat tenir Bien fait a priser l’usance d’italie esquelles guerres quant l’omme d’armes est prins ne pert de commun usage que son cheval & harnois/ sy ne luy fault vendre sa terre ne soy desherter pour sa raençon paier. Si peus veoir en quelle maniere raençon convenable est juste selon le droit d’armes/ laquelle est permise/ mais de mettre l’omme en mauvaise prison et le contraindre par tourmens a paier plus qu’il ne peult est erreur inhumaine et fait de mauvais tirant crestien pire que juif. Et si sachez de vray que ce qu’il en a par celle voye est tresmauvaisement acquis et est tenu de le rendre ou c’est a sa damnation si s’en garde ung chascun.

Cy devise se c’est chose de droit de prendre sur terre d’ennemis les simples laboureurs qui ne se meslent de la guerre. xxiie. chapitre.

Maistre je te demande quant ung roy ou prince a guerre a ung autre quelle qu’elle soit/ juste ou non/ s’il peut de droit courir la terre de son ennemy et prendre se il peut a prisonniers toutes manieres de gens/ c’est assavoir ceulz du menu peuple gens de labeur et telz gens/ il sembleroit que non Car pour quelle raison doivent ilz porter la penitance de ce qu’ilz ne se meslent comme ilz ne sachent mestier d’armes et ne soit leur office/ ne que a juger guerre ne soient appellez et que par eulz ne vient Ains leur en desplaist/ sicomme a ceulz qui tousjours vouldroient vivre en paix ne plus ne demandent si en doibvent estre francs sicomme il me semble ainsy que par droit font religieux prestres & toutes gens d’esglise. pource que leur estat n’est pas d’eulz entremettre aucunement de fait de guerre Et avec ce quel honneur peut ce estre ne quel pris d’armes de occir ceulz qui oncques harnois ne porterent ne ne s’en sauroient nullement aider ne les povres pastoureaulx & innocens qui ne font nulle autre office que garder les bestes.

Amy ad ce je te respons supposant en telle maniere/ posons que le peuple d’engleterre ne voulzist faire aucune ayde a leur roy pour grever au roy de france/ & les françoys allassent sur eulx sans faulte par droit et selon loy ne deveroient en riens meffaire ne a corps ne es biens du peuple ne de ceulx qu’ilz savoient qui en riens ne seroient en aide tant de chevance comme de conseil a leur roy.

S’il est ainsy que les subgectz d’icelluy roy ou d’autre en cas pareil soient ilz riches ou povres donnent aide confort et faveur de maintenir la guerre/ les françoys selon droit d’armes pevent courir le païs et prendre tout ce qu’ilz trouveront/ c’est assavoir prisonniers de tous estas mondains & toutes choses sans ce que par droit y soient tenuz de les rendre/ car je te dis que par droit determiné tel est droit de guerre/ que se une guerre est jugee par les conseulz des deux roys les gens d’armes pevent gaigner l’un sur l’autre/ & se aucunesfois les povres et simples/ posons qu’ilz ne s’arment le comperent ne peut estre autrement/ car les mauvaises herbes ne se pevent esracher des bonnes quant pres sont l’une de l’autre que les bonnes ne s’en sentent/ mais vray est a droit regarder que les vaillans hommes d’armes se doivent le plus qu’ilz pevent garder de destruire hommes povres ne souffrir que leurs gens les tirannisent car autrement ilz seroient sarrazins et non pas cristiens. Et se j’ay dit que misericorde soit deue aux ungs saiges que moins ne l’est pas aux autres/ sy doivent grever ceulx qui mainnent la guerre & de leur puissance espargner les simples et paisibles.

Cy devise se ung estudiant anglois estoit aux escolles a paris trouvé/ ou semblablement d’autre terre aux françoys ennemie s’il pourroit estre prins a raençon. xxiii. c.

Mais puis qu’en matiere de prisonniers en fait de guerre sommes entrés je vueil que toy mesmes juges selon ton advis de tel debat et par tel exemple le te proposeray. On scet assez car c’est chose notoire comment le roy de france et celluy d’angleterre ont communement guerre entre eulz. Je prens que ung estudiant licencié de la cité de lomdres soit venu a paris a l’estude pour estre gradué en la science de decret ou de theologie. Advient que ung françoys homme d’armes entent qu’il est anglois & a prisonnier le prent A laquelle chose l’autre forment s’oppose & tant que devant justice vient la question. Auquel debat l’engloys qui en droit fonde ses raisons/ dit qu’il a cas expres de la loy qui fait pour soy pour cause des grans previleges d’eulx aux escoliers et deffent que on ne leur face nul mal ne nul desplaisir/ mais honneur et reverence/ & vecy dist il la raison que la loy y assigne qui seroit celluy dist la loy qui n’auroit escoliers pour recommandez/ lesquelz pour savoir et science acquerir ont delaissé richesses delitz et toutes aises de corps/ leurs amis charnelz & leur pays ont prins estat de povreté/ & ainsy que banis de tous biens ont relenqui le monde et tous autres plaisirs pour l’amour de science/ si seroit bien plain de toute descongnoissance qui mal ne encombrier leur feroit.

A ces raisons l’omme d’armes replicque ainsy. frere je te dy que entre nous françoys ne faisons force des loix de l’empereur Auquel nous ne suymes pas subgectz/ si n’y a que veoir/ l’escolier respond. loix ne sont autre chose que droictes raisons ordonnees selon sagesse/ & se cure n’en avez ja pource ne demeure que le roy de france et les bons seigneurs ne usent de raison et de choses raisonnables/ & de ce que eulx mesmes ont ordonné/ car charlemaine termina l’estude generalle a paris par la voulenté du pape/ laquelle estude se tenoit pour lors a romme/ et y donnerent grans et notables previleges/ & pource envoya le roy de toutes pars querir escoliers & maistres de tous langaiges & les comprint esditz previleges & pourquoy doncques ne pourroient ilz de tous pays venir quant du roy ont licence/ comme tous roys jurent a leur advenement tenir lesditz previleges. A dist l’omme d’armes supposé ce que vous dictes vous devez savoir que puis que guerre fut entre nostre roy et le vostre nul angloys ne doibt en france venir pour telle occasion ne quelconque autre sans avoir bon saufconduit/ et bonne y est la raison/ car vous pourriés soubz l’ombre de l’estude escripre et faire savoir nostre estat en vostre terre/ & pourriez faire des secretz maulx se vous voulliés/ sy n’est raison que au roy ne a sa terre doive tourner a prejudice nul previlege. Ces raisons ouyes amy dy moy ce qu’il t’en semble.

Sans faulte maistre puys qu’il te plaist que mon petit advis en ceste partie serve. Je te dis puys que ainsy est et sans fraude que icelluy que tu dictz soit vray escolier/ c’est assavoir que fainctement ne fust venu/ a occasion d’estude par faulse couleur pour espier ou autre mal faire je tiens sa cause a bonne & que prisonnier estre ne debveroit reserve se ainsy n’estoit que le roy eust fait mandement especial que angloys quelconque ne venist estudier en son royaume et que suffisamment fust publié si que de tous peust estre sceu. Tu as moult bien jugé et sagement distincté/ car mesmement se l’eves[c]hié de paris vacquoit ou l’archeveschié de rouen de sens et d’autres vacquoient & ung angloys y avoit esté esleu/ le roy y pourroit par droit contredire/ La raison est qu’il n’est pas expedient au roy ne au royaume y avoir ses ennemys/ mais encore me respons a ce.