Je te certiffie que non seroit ne autre droit selon la loy n’y auroit qu’il pourroit sans plus tenir et garder sa personne tant qu’il la pourroit presenter au seigneur souverain de qui il tiendroit sa baronnye/ lequel en feist le jugement/ mais autre regard y peut avoir/ c’est assavoir que celluy qui le prent est tel qu’il ait povoir de la souveraine justice justicer les hommes malfaiteurs et que de ce faire soit acoustumé comme droit seigneur. sicomme ilz sont assez de seigneuries de semblable auctorité. Je te dis que puis qu’il a trouvé courant le païs robant & occiant ses hommes qu’il le pourra pugnir par sa justice suppose encore que plus grant maistre fust que non obstant ce que arguer on pourroit sur ce pas/ que l’omme ne doibt estre jugé en sa propre cause. Je te respons qu’il le peut faire et par deux raisons. L’une par la vertu de sa jurisdiction qui est de pugnir et faire justice des malfaicteurs. L’autre qu’il pugnist le delict de celluy qui le fait sur le propre lieu & de ce faire a povoir de la loy car se ung homme assault ung autre & tout a l’offendre/ l’assailly peut faire a l’autre ce que de luy pensoit a faire/ et te dy que c’est attemprance de raisonnable deffence/ mais je te confesse bien que se ledit assailly que jurisdiction n’auroit de ce faire pugnissoit de lui mesmes soubz tiltre de justice son adversaire ou le tenoit en prison que feroit a son seigneur/ & se mettroit en peril de perdre ce qu’il tiendroit de luy/ si le doit tantost rendre audit seigneur car mesmement seroit il loisible en tel cas a ung homme d’eglise pour raver ses choses.
Cy devise se on doibt faire mourir ung capitaine d’ost ou autre grant homme d’armes en fait de guerre & s’il doit estre au prince/ et se c’est chose de droit de faire paier a ung homme raençon pour sa delivrance. xxi. chapitre.
Maistre puis que entrés sommes au propos des prisonniers en fait de guerre. Je te demande s’il advient que le capitaine soit prins ou aucun hault homme qui a la partie qui prins l’a/ ait esté fort nuysant et pourroit encore estre s’il eschappoit se selon droit on le peut ou doit faire mourir/ car par loy de nature sembleroit que ouy/ comme il soit vray que toute chose tente a destruire son contraire.
Chier amy je te respons que quoy mesme la loy civile die que celuy qui est prins en bataille est cerf et esclave de celluy qui le prent ne doibt pas estre occis/ car le decret afferme que depuis que ung homme est en prison misericorde lui est deue/ dont se deue lui est misericorde comment pourroit il estre occis sans ce que tort luy fust fait Et encore te diray plus fort.
Ung autre decret dit puis que ung homme a vaincu ung autre/ il est tenu de luy pardonner le mesfait et par especial de luy rendre la vie/ si te dy bien que c’est contre tout droit et toute gentillesse de occir celuy qui se rend/ & te dy que les parens en pourroient poursuivir comme de tort fait/ s’il n’estoit ainsi que le prince l’ostast des mains de celluy qui l’auroit prins & que par bonne et juste cause s’il l’avoit bien desservy et que conseil eust que grant mal pourroit venir a luy et a sa terre de le laisser aller/ le fist mourir en autre usage seroit chose tresmerveilleuse et moult inhumaine et trop grant cruaulté.
Et se tu me dis que les anciens avoient loy que s’il leur plaisoit de faire mourir leurs prisonniers ou les vendre a autres/ ou leur faire faire leur labour.
Je te respons que entre cristiens desquelz la loy est du tout fondee sur misericorde et pité ne loist pas user de tel tirannye. Car selon nostre loy ce sont choses excommuniees et reprouvees.
Or te forme autre question c’est assavoir a qui le prisonnier doibt estre ou au seigneur ou a celluy qui l’a prins/ car il m’est advis que cy devant as bien dit que une loy tesmoingne que le prisonnier est a la voulenté de cellui qui le prent/ & puis que a sa voulenté est dont sembleroit il qu’il fust sien.
Bel amy il semble que tu ayes oublyé ce que par cy devant t’ay dit. Si te dis derechief que quoy que voirement soient de divers maistres plusieurs oppinions pro et contra en ce cas Neantmoins est conclud que toutes proyes prinses si que ja pieça t’ay dit doibvent estre en la voulenté du prince/ auquel il appartient les distribuer selon discretion.
Bien t’entans maistre. Or me dy puys que ainsy est que nous cristiens avons laissé les loix anciennes de mettre en servitude ou occir les prisonniers. Je te demande se justement on peut demander finance d’or d’argent ou autre meuble selon ce que on use en fait de guerre communement/ car se bien m’en souvient tu as cy devant dit que au prisonnier est deue misericorde/ & on luy fait doncques tort de luy faire paier raençon comme on ne luy face nulle misericorde.