Maistre or m’escoute ung petit s’il te plaist. Je te demande quant gens d’armes sont prins a gaiges/ ausquelz il n’ait deffaulte de payer/ s’il leur loist avec leur gaiges prendre vivres sur le pays et pillier autres choses comme au jourd’uy on le fait communement.
Je te respons certainement que non & que telle chose n’est pas droit de guerre/ ains est extortion mauvaise et violente faicte sur le peuple a tort & a peché Car sicomme toy mesmes as cy devant dit a vouloir mener juste guerre/ le prince avant la main doibt bien adviser en quel lieu et comment pour ce faire finance sera prinse : & sur toutes choses doit donner ordre que ses gens d’armes soient bien paiez pour paier justement leurs vivres et ce qu’ilz prennent. & adonc seroit juste chose de bien pugnir ceulz qui prendroient riens sans paier/ mais arguer me povoies voir/ mais se par quelque adventure soubdain cas advenoit que les ennemys survenissent sur le pays/ par quoy conviendroit deffendre/ ains que le prince eust fait sy grant amas comme il appartiendroit a paier gens d’armes de moys en moys/ car en tresor pas n’en auroit : Je te respons que a toute chose necessaire se convient aider selon povoir/ car quant en ce cas seroit le prince assez excusé/ de propres ouvriers du roy mys en icelle besoingne pour lui & en son nom pource ne doibt estre leur avecques leurs gaiges/ mais ce que le prince leur veult donner de grace/ laquelle grace pour voir dire bien et largement leur affiert. Sicomme a ceulz qui mettent a escot si chier chastel comme le sang les membres et la vie/ et de leur bien remunerer est d’ancienneté noble coustume/ de plus en plus a ceulz qui l’ont desservye & de proyes gaigné et en guerre ne recepvoient quelque proffit les vaillans anciens/ Ains leur suffisoit seulement en avoir l’onneur et que leurs gens en eussent le preu. Et par ce tellement acqueroient l’amour des gens d’armes qu’ilz en achevoient les grandes et merveilleuses emprinses comme il apparut.
Cy devise que on doibt faire des proies et choses qui sont prinses en armes. xix. chapitre.
Autre maniere de question faire te vueil. Je te demande que on doibt faire des choses gaignees sur les ennemys & en bataille.
Amy a ceste question convient respondre par distinction de cas. Car premierement selon la loy civille est assy. de quel affaire est la personne qui a conquis en armes et y a maniere d’entendre en quel cas et en quelles guerres/ icelles loix pevent avoir lieu.
Premierement se une guerre se fait par mandement du roy ou prince qui ait povoir de ordonner et mettre sus juste guerre Aucuns droitz sont reservez a tel seigneur/ qui a autres gens ne sont pas/ c’est assavoir que toute gaigne doibt estre a la voulenté du prince ou du lieutenant capitaine/ car depuis que les gens d’armes sont aux gaiges du roy ou prince selon les loix tout doibt estre au seigneur soit prisonnier ou autre proye/ & ainsy anciennement le souloit on faire/ quoy que de grace au temps present au païs de france ou quelque autre part par longue coustume soit laissé es hommes d’armes ce qu’ilz conquierent se chose n’est de sy grant poix qu’elle passe le pris et somme de dix mille francs/ laquelle chose soit prisonnier ou autre meuble doit estre rendue au roy/ par tel si qu’il est tenu de donner audit homme d’armes la somme de x. mille francs/ & telle chose est de bonne coustume de pays/ mais la dessusdicte loy y afferme le decret qui dit plainement que toute la proye doibt estre a la voulenté du seigneur/ il la doibt justement partir a ceulz qui luy ont bien aidé a gaigner a chascun selon sa merite/ & que ceste chose soit vraye ne pourroit nul le contraire soustenir/ car prouvee est par droit escript qui mesmement y assigne telle raison/ c’est assavoir que se ainsy estoit que les prisonniers ou proye feussent aux gens d’armes/ tout ainsy et par ceste mesme raison deveroient estre des chasteaulz et villes qu’ilz prendroient a eulz Laquelle chose seroit injuste & de mauvaise raison qu’ilz gaignassent terre avec les sauldees du prince et a ses despens/ car ce qu’ilz font est fait comme haste/ il ne auroit plus que faire de gens.
Je te demande se iceulx pourroient faire demande de toute l’annee ou seulement du temps encouru puys la convenance Car il sembleroit que ouy/ car la loy dit que se ung advocat du roy ou de aucun seigneur prins a pencion a commencé a faire son office/ les gaiges de toute l’annee luy sont deuz posé qu’il mourust ses hoirs pourroient faire la demande/ pourquoy ne pourroient doncques ces gens joyr de ce mesme droit/ car peut estre qu’il en ont perdu d’estre retenuz autre part ou asseurez eussent esté pour toute l’annee. Et assez d’aultres raisons se pourroient encore dire lesquelles pour briefté je laisse/ et te respons en bref que en ceste raison et toutes aultres que dire y pourroyes sont de pou de valleur Car je te certifie qu’ilz se doivent tenir contens d’estre paiez seulement du temps qu’ilz ont servy/ & telle est la raison.
Ilz furent sauldoyers pour garder le pays ains qu’il fust perdu/ mais puis qu’il est perdu ilz ne pevent plus nullement servir de ce pourquoy ilz ont esté prins Et pour celle cauce ilz ne doibvent en nulle façon ne maniere avoir ne recepvoir les gaiges du dessusdit service lesquelz ne le pevent faire aucunement C’est assavoir garder le pays qui est perdu/ & nulle loy n’oblige l’omme a chose impossible/ car se contraindre voulloient d’estre payez on leur pourroit respondre/ & on vous contraindra de garder le païs qui est ja perdu comment sera ce fait. Et par ce concludz ce que dit est.
Cy commence a parler de prisonniers de guerre. Et devise comment ung puissant homme prins en guerre doit estre rendu au prince/ et aussi comment non. xx. cha.
Et pource que cy devant t’ay dit que selon ladicte loy est assavoir de quel affaire est la personne qui en armes a acquis/ & de se t’ay declairé une partie. Or supposons autrement/ c’est assavoir que ung baron feist guerre contre ung autre fust juste ou non/ ou deffendist sa terre contre aucun aultre/ car pour soy deffendre et sa terre deffendre et garder quelque soit le cas. Il convient juger juste guerre comme soy deffendre soit doncques selon la loy et droit/ se celluy baron qui se deffent prent celluy qui l’a envaÿ/ cuideroies tu doncques qu’il fust sien.