Je te respons semblablement comme dessus que non/ en cas que autre convenance expresse de les rendre/ quoy que advenir deust ne luy auroit faicte.

Cy devise se cautelles & subtillités d’armes sont justes a faire. xve. chapitre.

Autre question differentiee du dessusdit propos te vueil faire/ dy moy je t’en prye est ce bonne raison et selon droit que ung roy ou prince par cautelle et subtilité face tant qu’il subjugue et ait son ennemy soit en bataille ou autre part/ car il sembleroit que non veu qu’il loist tenir droicture & raison sy ne pourroit estre dit qu’il deceust autruy. Et aussy toute personne qui a juste cause/ doit avoir bonne esperance en dieu que bien luy en prendra se par peine & diligence pou[r]suit/ doncques celluy qui a juste querelle doit aller ce semble le droit chemin de guerre sans y aller ne user de cautelle.

Chier amy tu dis moult bien/ mais neantmoins te certiffie que selon droit d’armes veoir plus fort selon dieu et l’escripture on peut vaincre son ennemy par cautelle engin ou barat sans tort d’armes/ puis que la guerre est jugee et notiffiee entre les parties/ & qu’il soit vray nostre seigneur en donna mesmes exemple quant il ordonna et enseigna a Josué comment par cautelle surprendroit ses ennemys/ et de telles choses user se peut on assez communement aider en armes/ mais je te confesse bien qu’ilz sont certaines manieres de barter/ lesquelles sont reprouvees et deffendues tant en fait d’armes comme en tous autres cas Sicomme je assuroye aucun de venir vers moy en certain lieu & je y seroye pour parler a luy/ & tant feisse par mon asseurement qu’il y venist/ & la je le feisse surprendre par aucun agait pour luy mal faire/ occir ou prendre/ telle chose seroit traÿson mauvaise. Ou se par fainte treve ou paix j’espioye mon point de grever autruy quant garde ne s’en donneroit ou que despourveu seroit et en tous cas semblablez. Je feroye mal mon grant deshonneur reproche & pechié Et pource dist la loy puis que la loy est donnee a son ennemy on luy doibt tenir et garder/ mais autre chose est se le vaillant capitaine ou homme d’armes scet ordonner embusches par ou son ennemy ou adversaire doit passer qui garde ne s’en donne ou aultres manieres de cautelles/ mais qu’elles ne soient contre foy promises ne l’asseurement que on auroit fait/ & a la raison que tu dis puys que on a bonne et juste cause que on s’en doit actendre a dieu/ quoy que en substance je le t’accorde Toutesfoys combien que bon droit ait le roy de france contre le roy d’angleterre en cas pareil/ si convient il aider a soustenir son bon droit le mieulz que on peut/ & adont quant par sens et tresbonne diligence on fait son devoir/ doibt on avoir tresgrande esperance en dieu le createur qu’il aidera la chose a conduire & en bien parfaire.

Cy devise se ung homme d’armes estant a gaiges estoit destroussé en quelque chemin s’il pourroit demander par droit au seigneur de par qui il a esté envoyé ses dommaiges. xvi. chapitre.

Maistre a nostre propos me semble par ce que m’avez cy devant conclud/ c’est assavoir que se ung chevalier ou aucun homme d’armes envoyé d’aucun seigneur pour garnison d’aucune forteresse/ sans que convenances de gaiges ne de sauldees luy soient faictes et il advient que en chemin soit destroussé/ se audit seigneur quil l’a envoyé peut par droit s’il luy plaist faire demande de restitution. Et certes je vueil faire encore autre question. Je suppose que ung capitaine de lombardie ou d’autrepart ainsy que autresfoys on a fait venir en france eust avecques soy amené cent ou deux cens bons brigans si fut luy & sa compaignee retenu chascun a cinq francs pour le moys/ & envoiez en certain lieu/ auquel chemin fut par ses ennemys assailly ou il perdit ses places son harnoys et ses choses/ & ses compaignons leurs cuirasses leurs pavaix & toutes leurs bagues Je te demande s’ilz pourroient demander au roy leur dommaige.

Ad ce je te respons que non au cas que autre convenance n’y auroit/ et ne pevent demander que ce qui leur fut promis/ & se tu me veulz demander pour quelle raison le capitaine n’a aussy grant accion de demander au maistre qu’il l’envoye comme dit est. Je te dis pour ce que la loy porte plus grant faveur a cellui qui pas n’est lyé & est mys en besoingne que a cellui qui se lye/ & par exemple le peus veoir de ung homme qui aura demouré avecques ung marchant ou autre homme an & jour sans ce que par marchié fait se soit loué. Il peut faire trop plus grant demande des biens de l’ostel et de la marchandise/ s’il n’y a aucune autre certaine cause/ que ledit maistre s’excuse que celluy homme qui loué seroit par marchié fait/ & pource te dis que l’omme n’est pas bien advisé qui prent aucun pour residamment demourer en sa maison/ s’il ne fait avecques luy aucun marché absolut/ car la loy presuppose l’omme ainsy demourant comme compaignon du maistre ainsy que a gaigne et a perte.

Cy devise se gens d’armes venans a l’aide d’aucun prince s’ilz pevent prendre vivres a eulz necessaires au moins de grief/ que faire se pourroit sur les laboureurs/ ainçoys qu’ilz peussent estre arrivez au païs dudit prince. xviie. chapitre

Autre question te vueil faire. Supposons que ung seigneur eust envoyé querre sauldoyers pour ung an en estrange pays pour le venir secourir en sa guerre/ laquelle il esperast durer longuement/ Advenist que avant icelle guerre et que icelles gens avecques leur capitaine puissent estre arrivez au pays dudit prince quoy que de tout leur povoir se fussent hastez/ s’ilz leur souffrent prendre tant seulement vivres necessaires en passant oultre pour necessité de vie tant seulement soustenir/ au moins de grief sur les povres laboureurs que faire se pourroit. Je te respons que ouy/ voire non pas qu’ilz feissent comme les loups/ ausquelz ne souffist pas quant au toit entrent d’une brebis Ains estranglent tout le troppeau/ comme semblablement le font plusieurs de nos gens d’armes/ lesquelz s’ilz ont besoing d’un poullet ou d’un pinion ilz en occient x. ou xii. Et tel oultraige font de biens comme s’ilz fussent loups ravissans sans riens de conscience et comme s’il ne fust pas de dieu ne que jamais deussent mourir. Helas bien sont aveuglez ceulz qui le font/ car plus en peril de mort vont que autre gens. et telz y ont moins de regard que autrez.

Cy devise sy loist aux gens d’armes quant ilz sont bien paiés de prendre vivres sur le païs. xviii. chapitre.