Je te respons derechief que le droit a distincte des choses d’armes/ se le gentil homme jure a tenir prison s’il est ainsy que son maistre luy donne a menger et a boire suffisamment et logis non trop destroit/ & vueil traicter de deue finance quant temps sera/ & que pour la prison qu’il luy donne ne puisse prendre mort ne declinement de son corps & de sa santé/ se tel prisonnier s’en va nonobstant que maistre le tiengne en bonne garde qu’il brise son serment & fait contre droit de guerre & de son deshonneur car s’il est gentil homme il doibt faire ce qu’il appartient/ c’est assavoir tenir son serment a son maistre/ lequel l’eut occis a l’eure qu’il le print s’il eust voulu/ et posons qu’il le tiengne enclos il ne luy fait nul tort/ car il promist tenir prison bien & loyaument sans la briser/ si ne se peut excuser tel fuitif qui n’ait fait mal Car puys qu’il se mist en peril de la bataille C’est assavoir d’estre mort ou prins Il debvoit savoir que prison n’est pas lieu d’esbatement ne de feste si doibt doncques puys qu’il est encheu au peril porter bien doulcement et patiamment la penitance en esperance de une autrefoys escheoir a meilleur fortune.
Cy devise se ung gentil homme prisonnier de guerre doit mieulx aimer a mourir que briser son serment. xxviiie. chapitre.
Je supose maistre que ung chevalier ou homme d’armes soit en la prison d’un autre ou de ung seigneur ou de une ville mais sy grant rigueur luy soit faicte que on luy afferme que ce dedens certain temps n’a fait sa finance Il sera occis/ pour quoy il quiert pour dieu et en pitié que l’en le laisse aller en son pays faire finance et que sans faulte retournera a tout dedens le jour promis. A bref dire on le laisse aller sur son serment fait sur les sainctes evangiles. Par lequel serment il jeure que pour encourir la mort ne fauldra qu’il ne retourne dedens le jour promis. Or advient que impossible luy est de finer sa raençon si est assavoir s’il doibt retourner pour soy retourner mettre a la mort/ laquelle par ses adversaires luy est promise/ car mesmement il est escript es hystoires de romme/ que ainsy le firent jadiz les nobles conquereurs rommains/ qui ains s’exposoient a la mort que enfraindre le jurement de prison. Et ce iceulx qui paiens et mescreans estoient juroient leurs faulx dieux/ ilz le tenoient toutesvoyes mieulx le doivent tenir les christiens quant ilz jurent sur la saincte foy catholicque.
Bel amy tu dis bien. et encore plus de raisons y pourras a ton propos alleguer/ mais a la verité du fait en y a trop/ qui pourroient excuser l’omme en tel cas/ quoy que aucuns docteurs veullent maintenir que mieulx deveroit l’omme vouloir mourir que parjurer le nom de dieu Laquelle chose est vraye en aucun cas/ mais quant a cestuy qui est chose violente et fait ainsy que par force pour sauver sa vie/ n’est pas determiné qu’il vaulsist mieulx a mourir/ & qu’il n’y soit tenu te diray les raisons. Je te dy que selon droit escript/ serment contre bien et utilité et mesmement contre bonnes meurs ne fait pas a tenir/ et quoy que mal soit de soy parjurer est encore trop pis fait de tel serment tenir si doibt estre esleu de deux maulx celluy qui est le moindre criminel. sicomme ung homme aura juré sur les sainctes evangilles ou sur le corps jesucrist sacré/ qu’il occira ung homme ou fera quelque grant malfait/ si n’est pas doubte que pis seroit d’occir ung homme ou bouter feu en une maison/ ou aultre grant mal que de soy parjurer/ quoy que pesché mortel feist des qu’il jura/ car choses desraisonnables a faire ne se doibvent pas jurer.
Or est il ainsy et nul ne doibt le contraire pencer que nul homme n’est maistre de son corps mettre en prison pour occir ne ses membres trencher ne qu’il seroit de ung autre Et il appert qu’il n’en soit en luy Car s’il se occioit luy mesmes/ justice pugniroit le corps honteusement au gibet/ aussy s’il trenchoit ses membres ainsy seroit il pugni par justice que se a ung autre l’avoit fait.
Pource derechief te dis qu’il n’est pas en luy ne en son povoir de soy obliger par celle voye ne point le lie le serment ains est nul. Et plus te dy nous disons de droit escrit/ que se ung homme peut ung autre garder & preserver de mort/ et il ne l’en garde a son povoir qu’il l’occist doncques ne mesprent pas s’il garde a soy mesmes le droit que a nature est tenu a garder/ c’est assavoir s’il eschieve la mort/ & cecy est quant a excuser l’extremité de la chose et supplier ce qu’il n’a peu admender de la raençon paier/ mais pourtant ne te dis je pas qu’il ne soit tenu de faire finance tout le plus tost qu’il pourra et y mettre toute peine de soy en acquiter.
Cy fine la tierce partie de ce livre. Et commence la quarte et derniere partie laquelle parle de droit d’armes en fait de saufconduit/ de treve/ de marque et de champ de bataille.
Au premier chapitre demande le disciple au maistre se ung seigneur envoye saufconduit a ung aultre son ennemy chevalier baron ou qui qu’il soit/ et que audit saufconduit ne ait si non contenu de sauf venir/ s’il peut bien par celle cautelle l’arrester selon droit au partir. Premier cha.
Au commencement de ceste quarte partie treschier maistre vueillez saillir en ung autre different propos de guerre/ combien qu’il soit tout dependant du fait dessusdit c’est assavoir en une maniere d’asseurement qui se donne aux allans et venans entre les parties par lettres qu’on dit saufconduit. De laquelle chose premierement te vueil faire demande.