Je suppose que ung baron ait guerre a ung chevalier de laquelle guerre les amys d’une part et d’autre se mettent merveilleusement en tresgrant peine de y trouver paix par quoy ledit baron envoye saufconduit au chevalier de venir vers soy et luy demande que sur icelluy viengne sceurement. Le chevalier s’i fie et y vient/ mais quant ensemble ont parlé et que partir s’en veult le baron le fait arrester et dit que son prisonnier est Car dist il vous estes de guerre contre moy ce scet chascun/ si vous puis prendre a mon advantaige se je vous y treuve. L’autre respont qu’il ne peut par la vertu de son mesmes saufconduit/ Le baron replicque en disant. mon saufconduit que baillé vous avoye parloit de sauf venir/ mais du partir neant pource ne luy fay nul tort s’il le retient. Si te demande se le baron a bonne cause. Et sembleroit que ouy veu & consideré qu’il suffist entre ennemys tenir le contenu des lettres. Et puys que sy fol a esté le chevalier qu’il n’a sagement entendu s’il en porte la penitance/ ce n’est pas mal employé/ car il loist en fait de guerre si que toy mesmes l’a cy dessus tesmoingné en usant de cautelles pour decepvoir l’un l’autre/ si s’en garde qui pourra.

Je te respons bel amy que tu t’abuses en cest endroit/ car s’il estoit ainsy que tu dis trop d’inconveniens s’en pourroient ensuyvir. Et pource y a la loy pourveu/ qui deffent expressement que nul ne deçoive par parolles cauteleuses/ car cuideroies tu doncques que ung homme fust ouy en jugement pour dire j’ay vendu cent livres de terre pesant et semblablement d’autres telles choses te dis bien qu’elles ne seroient pas reputees en jugement fors trufferies/ & l’omme trompeur qui user en vouldroit en seroit pugni. Et pour ce a nostre propos l’omme ne se doit fier en telle lettre se elle n’est bien expresse de sauf venir/ sauf demourer et sauf en retourner et les autres circunstances/ et ne veult la loy que le malice du frauduleux deceveur prengne si estroictement la simplesse de l’omme qui y va de bonne foy. Si doibt estre entendu que le saufconduit est selon l’intention de celluy auquel on le donne/ par lequel se tient asseuré/ de sauf aller sauf demourer et sauf retourner/ ou autrement se ne seroit pas saufconduit Ains seroit une traïson couverte qui trop seroit a blasmer/ et telle en est la verité. Neantmoins peut estre que aucuns de fait sans nul droit ne sans quelcune raison en aient usé qui a leur tresgrant deshonneur et villennie debveroit tourner/ mais chascun n’a pas povoir de faire tout le mal qu’il feroit voulentiers.

Cy devise se ung chevalier ou autre gentil homme avoit saufconduit luy xe. S’il pourroit par droit mener avec lui ung seigneur au lieu de l’ung des x. sur la terre des ennemis et se ung capitaine de petite quantité de gens d’armes peut donner saufconduit a plusgrant et plus puissant que soy. iie. chapitre.

Puys que entrez sommez en matiere de saufconduit/ respons moy d’une question. ung chevallier angloiz a saufconduit du roy de france pour luy xe. a cheval venir en france/ pour cause d’aucun affaire/ advient que ung grant baron ou seigneur d’angleterre luy prie qu’il soit l’un des x. compaignons. car grant voulenté a de veoir france et soy y venir esbatre. laquelle chose ledit chevalier octroie/ & avec luy s’en vient. dont il advient que quant ilz sont pres de paris en l’ostellerie logez ledit baron est congneu de ung chevalier de la court du roy lequel tantost bien acompaigné vient a luy en luy disant qu’il se rende/ car son prisonnier est. A laquelle chose le chevalier qui le conduit soy opposant a l’encontre dist que ce ne peut il pas faire/ car par le saufconduit qu’il a peut aller luy xe. si est celluy l’un des x. Car telz les povoit prendre qu’il luy plaisoit. Le chevalier replicque. vous n’estes que ung simple chevalier/ si ne povés plus grant de vous mener sur vostre saufconduit/ car se ainsy estoit/ donc pourriés pareillement avoir admené vostre roy ou ung de ses enfans/ laquelle chose n’est pas raisonnable/ & mesmement celluy que vous menés/ vous deveroit selon raison mesmes mener/ car trop est plusgrant que vous dist l’anglois. Je ne le maine pas a mon saufconduit/ mais a celluy du roy de france Si demande & requiers que tenu me soit en terme selon ce qu’il se contient. Ceste question venue en jugement Je demande lequel a droit.

Je te respons que c’est le françoys/ car selon droit escript en telle generalité ne doibt estre entendu plusgrant homme de soy/ car se ung homme donne a ung autre procuration de certaines choses faire/ n’est pas pourtant a entendre qu’il lui donne generalle procuration ne qu’il en doibve personne abuser/ & par especial en fait d’armes. Jamais telle chose ne seroit soufferte a passer/ car tourner pourroit a prejudice a la personne qui le donneroit.

Item je suppose que ung capitaine d’ost françoys qui de par le roy soit envoyé sur les frontieres die et afferme qu’il ait puissance de donner saufconduit par toute guyenne/ & pource y mande au senechal qui vienne sur la terre de france/ car moult desire a parler a luy/ sy luy envoye pour ce faire saufconduit par quoy ledit seneschal de bordeaux se part sur celle sceurté pour venir en lieu determiné/ mais il advient que en chemin il est rencontré de françoys/ lesquelz le prennent et mettent prisonnier. Si te demande se ledit capitaine est tenu de l’en jecter hors a ses propres despens/ car sembleroit que ouy veu que par son asseurement est echeu en ce dommage.

Je te respons que non/ scez tu pour quoy/ pource que on dit communement que sans cause seroit tenu ung homme pour fol se de sa folie n’a nul dommaige/ & il est tout cler que le seneschal ne devoit pas croire ung capitaine si non que certiffié fust que les françoys gardassent son saufconduit/ se simple a esté/ le mal luy en demeure/ car avecques ce deust bien savoir que ung capitaine n’a povoir de soy tenir sur ce non de ses gens/ dont puis que ce n’ont il pas fait/ de quoy luy est il tenu/ & avecques ce n’est pas de droit que ung homme donne previlege d’aller sur le royaume a plus grant de soy/ ne mesmement s’il estoit obligé de le garder si ne luy vaudroit tout riens/ si te concludz que quoy que le capitaine eust donné ledit saufconduit de bonne foy que tout ce n’eut riens valu/ s’il est gentil homme il est tenu de pourchasser de sa puissance sa delivrance devers le roy/ pource que par sa coulpe est encheu en tel inconvenient.

Comment l’acteur s’esmerveille veu la petite foy qui au monde court/ comment personne se ose fier en ses saufconduitz Et puis demande s’il advient que aucun roy ou prince crestien donne saufconduit a ung sarrazin se les aultres cristiens par ou il passe le doivent tenir. iiie. cha.

Maistre sans faulte/ ce me semble a mon advis tresgrant merveille veu la petite loyauté qui au jourd’uy court au monde comment ung prince ou seigneur ou gentil homme/ et mesmement quelque homme que ce soit se ose fier par saufconduit de aller en lieu ou ses ennemys soient plus puissans et fors de soy.

Amy se tu t’en esmerveilles ce n’est pas sans cause combien que saufconduit selon l’ancienne coustume de droit d’armes et aussy de toute la loy deue selon la nature eust esté sceure entre parties et ennemys mortelz que nous appellons en nos loiz capitaulx Lesquelles lettres de sceurté les bons et vaillans conquereurs du temps passé n’eussent enfraint pour mourir/ mais a present pour les baratz et subtilités trouvez/ par lesquelz on n’a honte de mentir ne rompre foy ne sermens entre cristiens trop moins que juifz ou mescreans n’auroient/ & conseille par aucuns de nos maistres que en saufconduit on ne se fie de legier/ comme le temps soit venu que ce que les droitz appellent fraude et barat est appellé subtilité & cautelle et ainsy y est le peril grant/ car se de fait ung homme de quelque estat ou condicion qu’il soit veult faire traïson/ puis qu’il a la personne en place ou en lieu ou plus fort se treuve/ il trouvera assez de couleurs d’avoir occasion de le faire occir/ ou par prisons ou comme se cas d’aventure fust/ ou par faire esmouvoir aucun ou bouter feu en la maison & aussy en diverses guises & puisque fait seroit il n’est droit qui y venist a temps/ & pour ces doubtes dit a bon droit la loy/ que pour sceurté de la personne quant il se met au povoir de son ennemy ne se pourroit donner previleges trop grans car apres le fait restitution seroit nulle/ sans faulte maistre c’est pure verité/ mais encore me ditz une question selon droit.