Je suppose que ung roy cristien eust donné saufconduit a aucun sarazin/ Je te demande quelz gens des crestiens luy doivent tenir celluy saufconduit/ car au propos de ce que cy devant as dit me peut sembler tout premierement que les gens du pape n’en ont que faire comme ilz soient a plusgrant seigneur que le roy n’est/ je sçay bien que tu veux dire voirement n’y sont ilz pas tenuz/ & mesmement ne sont les autres roys crestiens selon le tesmoing des loix/ lesquelles dient que hors de sa juridiction homme ne peut faire mandement ne ordonnance/ sy t’en diray/ car de ses subgectz mesmes aucuns pourroient doubter que pas n’y fussent tenuz La cause est pource que les sarrazins sont ennemis generaulx de toute la crestienté c’est chose vraye et aussy escrite/ par quoy nul crestien ne doit recevoir quelconque ennemy de la loy de dieu si est tout homme tenu de plus obeyr a dieu nostre pere que a son prince temporel/ en tesmoing de la loy qui dist/ que a toute personne est permis de contredire a son seigneur s’il est tel qu’il vueille porter garder soustenir ne donner faveu[r] aux ennemys de la foy de dieu dont par lequel droit seroit tenu le subgect dudit roy de garder cellui saufconduit/ & avec ce les sarrazins n’ont pas seulement guerre contre ung roy/ mais contre tous/ et droit dist que une chose qui touche a tous doibt estre esprouvee a tous/ car autrement riens ne vault. Mais or y a il aultre chose/ a entendre/ c’est assavoir que s’il est ainsy que pour raisonnable chose luy ait donné/ sicomme pour traicter ou pourchasser la finance d’aucun chevallier ou aultre crestien quel qui soit/ qui soit en leurs mains prisonnier ou pour autre chose juste et raisonnable/ n’en doutbtés pas que non pas seulement les subgectz dudit roy/ mais generalement tous crestiens par ou il a a passer le doivent laisser aller sceurement pour deux principalles raisons/ La premiere est que entre eulx ne puissent dire que entre nous crestiens eussons pou de foy et pou d’amour ensemble/ quant ne vouldrions pourchasser la delivrance des gens crestiens qui entre leurs mains seroient prins pour la foy de nostre seigneur. L’autre que se rudesse leur estoit faicte entre crestiens s’ilz y viennent posons que ce fust pour marchander ou pour ambaxade ou autre juste occasion/ ilz le pourroient chier vendre a nos crestiens qui pour semblables cas vont souvent entre eulx Ainsy leur doibt estre tel droit gardé que nous voulons qu’ilz gardent/ mais se ainsy advenoit que ung roy ou une ville eust guerre contre ung aultre & pour soy venger ou pour aultre chose non raisonnable faisoit venir a son ayde aucun puissant sarrazin a son saufconduit/ en telz cas nulz crestiens subgectz ne autres ne le doibvent souffrir ne ja pour ce les vassaux ne seroient reputez parjures ne moins loyaulx a leur seigneur/ car mesmement dit la loy que se on treuve ung homme qui porte lettres contre la publicque utilité on les peult oster et rompre. Et dit ung autre semblablement que tout homme doibt bouter hors d’environ soy contre la loy.

De treves et de marque.
Cy devise se durant treves entre guerroyeurs on peut par droit prendre en aucune maniere chose qui soit l’une partie sur l’autre Et se l’une partie enfraint les treves/ se l’autre partie est tenue de les tenir. iiii. chapitre.

Maistre il me semble que ung autre asseurement de guerre est entre ennemys/ que on nomme treves qui est une maniere de paix faicte durant aucun certain terme de temps si te vueil ung pou faire de question pource que ay aucunesfois ouy dire que en aucun pays/ & mesmement les anglois en ont aucunefois usé contre les françoys/ quant treves estoient/ & mesmement durant les treves que ce n’estoit pas mal fait se on veoit son advantaige de prendre par aucune cautelle qui peut chastel/ ville ou quelque prisonnier/ & te demande s’il est vray que faire se puisse sans tort.

Ad ce je te respons que vrayement tous ceulx qui le font enfraindent le pur droit de treves/ & affin aussy que tu le puisses en ceste partie mieux tesmoingner te diray que nos maistres en dient/ tout premierement dient que c’est ung asseurement royal qui de ancien droit ne se doibt briser sur peine capital sicomme loy droicturiere de roy ou de prince ne doibt estre brisee.

Item dient qu’elle contient troys choses principalles/ c’est assavoir qu’elle donne sceurté aux biens meubles & autres choses. Secondement aux hommes Et tiercement qu’elle tire a traicté et esperance de paix Et doncques puis puys qu’en soy treves contienent tant en general comme en especial ces choses. par quel droit s’y pourroit prendre l’une partie sur l’autre prisonniers ne quelconque aultre chose/ si te prie maistre que tu le me dies.

Sans faulte amy ceulx qui le font ou qui maintiennent que sans tort se puist faire n’ont que faire de droit si treuvent assez de manieres de baretter/ & pis y a qu’ilz veullent couvrir leur faulceté de droit et de loy laquelle est appertement contre eux la ou elle dist que toute chose usurpee et prinse sur fiance de treves/ de droit doibt estre rendue et restituee et tous les faiz payez/ & scés tu que le roy ou prince selon la loy deveroit faire de ses gens qui telle villenie luy auroient faicte comme de mentir et non entretenir sa promesse leur faire trencher les testes sy y prendroient les autres exemple/ & se est la sentence de la loy & de ce acqueroit sy bon los comme d’estre appellé tresbon justicier prince cremu en seroit/ & par ce donneroit plus grant cause a ses ennemys d’eulz plus voulentiers rendre a luy/ lesquelz se les treves rompent/ & il puist tenir aucun d’iceulz a sa puissance/ pour nulle raençon ne les doibt espergner ne deporter que pugnis ne soient comme il appartient/ & je te demande maistre se le roy de france et celluy d’angleterre avoient juré treves ensemble durant certain temps/ & le roy d’angleterre les rompist seroit le roy de france tenu de les tenir : car il pourroit sembler que si par celle maniere/ posons que aucun face mal ung autre n’est pas tenu de le faire semblablement/ ains se doibt tout homme tenir en sa loyauté.

Amy je te dy puys que l’un des deux roys lequel que ce soit et de tous autres en semblable cas auroit rompu sa promesse et parjuré se seroit/ que l’autre n’est pas tenu de luy tenir serment ne ja pource n’en sera parjure/ car selon droit puis que premier on luy a brisé convenance n’est pas tenu de la tenir plus avant/ ains est de droit escript absoubz du jurement/ & qui plus est il pecheroit mortellement se ses gens laissoit occir et gaster le païs sans deffendre a sa puissance.

Cy parle d’une maniere de guerre laquelle s’apelle marque et se telle maniere de guerre est juste. ve. cha.

Maistre comme encore ne soie saoulé de tes sages et justes conclusions te vueil faire certaines demandes sur une aultre maniere de contens qui avecques trait a guerre/ laquelle ne sçay s’elle est de droit/ mais les princes et les seigneurs depuis les anciennes seigneuries de pieça/ car es anciennes gestes n’en est faicte nulle mencion en ont prins a user qu’on appelle marque/ qui est quant ung homme de ung pays sicomme de france ou d’autre part ne peut avoir droit d’aucun tort fait par aucun puissant homme d’estrange pays le roy luy donneroit une maniere de licence de prendre arrester et emprisonner par vertu de ses lettres obtenues de luy/ marchans et tous aultres & leurs biens venans du pays & du lieu d’icelluy qui auroit fait le tort & qu’ilz en fussent exemptz jusques ad ce que droit et restitution soit faicte au demandeur de sa demande/ si souroie tresvoulentiers se telle chose vient de droit/ car grant merveille est que ung homme du pays de celluy qui aura commis le fait/ & qui oncques riens n’en aura sceu ne n’en sera coupable/ & si sera pour celle cause emprisonné et ses biens empeschez s’il est trouvé en lieu ou l’autre ait puissance & conviendra qu’il paye et restitue se dont riens il ne doibt ne couppe n’y a.

Chier amy tu doibs savoir que a droit voir dire selon l’escrit de l’ancien droit ceste maniere de guerre que on appelle marque/ par laquelle ung homme prent dommaige pour autruy sans sa desserte n’est pas juste ne droit ne l’ottroye pas/ lequel droit a ordonné que se ung marchant de paris ou de quelque lieu qu’il soit est obligé a ung marchant de florence qui demande justice de luy devant son juge/ & que ce cellui ne lui fait justice qu’il l’appelle devant la justice du roy tant que il en ait droit/ mais de dire pource se ung marchant de paris luy est obligé que emprisonner puist ung autre marchant ou bourgoys de paris ou d’autre part du royaume ou ses biens prendre & arrester. vrayement en ce forvoye/ car ce n’est de raison ne de nul droit qui y peut estre pour les seigneurs qui l’ont trouvé en ceste cause et n’est pas sans occasion.